La découverte des métiers d’art comme levier d’inclusion

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© Michele Forest

Une expérimentation portée par l’association DYS CARE

Fondé en 2024 par Laurence Peltier, le projet DYS CARE propose un accompagnement pluridisciplinaire à destination des jeunes de 9 à 25 ans présentant des troubles des apprentissages (DYS) et/ou un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Son ambition est de renforcer la confiance des jeunes en leurs capacités, de valoriser leurs talents et de les aider à devenir acteurs de leur orientation et de leur avenir. Son approche repose sur la créativité, l’expérimentation et la rencontre avec des professionnels, au sein d’un collectif bienveillant. La pratique manuelle y constitue un levier pour révéler des compétences parfois peu valorisées dans le cadre scolaire, développer les compétences psychosociales et ouvrir de nouvelles perspectives d’orientation.

Au printemps, à Argenteuil (95), l’association a expérimenté cette approche auprès de jeunes présentant des troubles DYS et/ou TDAH ou en situation de décrochage scolaire, dans le cadre du projet « L’Excellence pour chacun à portée de main », développé avec l’Union des associations de L’Outil en Main, l’IECD et la Mairie d’Argenteuil. Pendant une semaine, les participants ont découvert plusieurs métiers d’art tout en prenant part à des ateliers consacrés à la connaissance de soi et au développement des compétences psychosociales, avec l’association Tadam. Une expérience qui met en lumière plusieurs enseignements sur la manière dont les métiers d’art peuvent contribuer aux parcours d’inclusion et d’orientation des jeunes.

Valoriser les compétences des jeunes à travers les savoir-faire 

Pendant une semaine, DYS CARE a proposé aux jeunes un parcours alternant découverte de savoir-faire et ateliers de développement des compétences psychosociales. Les matinées, animées par les équipes de Tadam, s’appuyaient sur l’approche Neurocognitive et Comportementale et le triptyque « tête-cœur-corps » pour travailler notamment la confiance en soi, les motivations et la gestion du stress. Les après-midis étaient quant à eux consacrés à la découverte de différents métiers : la broderie, la marqueterie, la peinture végétale, etc. À l’issue de la semaine, chaque participant est reparti avec une création réalisée de ses mains et des ressources pour poursuivre sa découverte des métiers d’art. 

Manipuler la matière, expérimenter un geste et fabriquer un objet de ses mains : ces expériences ont permis de mobiliser des compétences parfois peu sollicitées dans le cadre scolaire. Pour Michèle Forest, créatrice textile ayant animé un atelier de broderie, le résultat a été particulièrement marquant :

« Nous avons été très surpris du résultat : personne n'a renoncé. Ils ont tous travaillé, tous brodé. Chacun a fait ses propres choix créatifs. Il y avait une très grande concentration, beaucoup d'investissement et surtout énormément de plaisir. »

Au fil des ateliers, elle a aussi observé les jeunes s’entraider, partager leurs idées et apprendre les uns des autres. Pour ces participants souvent confrontés à des situations d'échec scolaire, cette réussite constitue une expérience fondatrice.

« Beaucoup vivent des situations où tout leur semble compliqué. Le plaisir de bien faire leur arrive rarement. Ici, ils découvrent qu'ils sont capables de prendre le temps, d'apprendre par essais et erreurs et d'être fiers du résultat obtenu. »

L’ambition du projet n'était pas de susciter des vocations immédiates, mais d’aider les jeunes à mieux identifier leurs aptitudes et leurs centres d'intérêt et à pouvoir les exprimer à leur entourage. Ces découvertes peuvent ouvrir de nouvelles perspectives, notamment pour les plus âgés, qui découvrent des univers professionnels parfois inconnus : un jeune ayant interrompu une licence de sport s’intéresse ainsi désormais aux métiers du bois après avoir découvert la marqueterie et le parcours du professionnel qui animait l’atelier. Pour les plus jeunes, l’expérience peut aussi se prolonger dans leur temps extrascolaire : une participante a ainsi convaincu ses parents de l’inscrire à un cours de céramique. Ces premières expériences montrent ainsi que la découverte des métiers d’art peut contribuer à renforcer la confiance des jeunes et à faire émerger de nouvelles envies, au-delà du temps de l’expérimentation.

La rencontre avec l’artisans d’art, au cœur du dispositif

Cette première expérimentation souligne également l’importance de la rencontre avec les artisans d’art.

Au-delà de la transmission d'un savoir-faire, les professionnels partagent en effet leur parcours, leur passion et leur regard sur leur métier. Ils contribuent ainsi à faire évoluer les représentations que les jeunes peuvent en avoir et à élargir le champ des possibles.

Lors de son atelier, Michèle Forest a ainsi choisi la broderie comme support pédagogique, tout en veillant à déconstruire les stéréotypes qui lui sont encore souvent associés.

« Je voulais leur montrer que, même si le travail à l'aiguille est souvent perçu comme un "ouvrage de dame", de nombreux artistes et créateurs s'en emparent aujourd'hui dans des démarches très contemporaines. »

Une démarche fondée sur la complémentarité des acteurs

L'un des principaux enseignements de cette expérimentation réside enfin dans la complémentarité entre les artisans d’art intervenant et les professionnels encadrants.

Les artisans d’art intervenants apportent leur expertise, transmettent leur pratique et partagent leur passion. Les équipes de DYS CARE et de Tadam assurent quant à elle l’accompagnement des jeunes et créent les conditions permettant à chacun de s’impliquer dans les ateliers, de prendre confiance en ses capacités et de mettre en perspectives les découvertes réalisées tout au long de la semaine.

En associant professionnels des métiers d'art, encadrants et spécialistes des compétences psychosociales, cette expérimentation montre que les métiers d'art peuvent devenir de véritables supports de découverte de soi et d'appropriation des sujets d’orientation. Elle illustre plus largement le potentiel de ces savoir-faire pour favoriser l'inclusion des jeunes et leur permettre de se projeter dans de nouveaux parcours de formation ou d'avenir.

Forte de ces premiers résultats, DYS CARE poursuit désormais le développement de cette démarche en renforçant ses actions à Argenteuil en lien avec l’écosystème local, grâce aux soutiens obtenus de la Politique de la Ville, la Cité Educative. L’association entend également déployer ses actions menées en partenariat avec Tadam et les artisans d’art franciliens dans d’autres territoires d’Île-de-France. 

 

Pour en savoir plus sur DYS CARE 
écrivez à projet.dyscare@gmail.com
ou contactez Laurence Peltier au 06 84 12 32 87