Dentelle aux fuseaux

Rareté faible
Formation de petit flux
Textile / Fils
Sur la roue d'un carreau, le dentellier au fuseau fixe un modèle au tracé piqué délimitant les motifs de la dentelle. Les fils utilisés, en lin, soie, laine ou coton, sont placés autour de fuseaux, dont les croisements sont fixés sur la roue en différents points pour donner forme au napperon, au mouchoir ou à d'autres créations en dentelle.

Description du savoir-faire

  • La dentelle aux fuseaux se diffuse en Europe, vers la fin du Moyen-Âge, notamment grâce aux pèlerinages de Saint-Jacques de Compostelle. 

    En France, son histoire est indissociable du Puy‑en‑Velay, centre majeur dès le Moyen Âge. L’art de la dentelle connaît son apogée au XVIIIᵉ siècle, avant de décliner avec l’essor de la dentelle mécanique et les mutations sociales, notamment de l’exode rural du XIXe siècle.

    Pour enrayer ce déclin, Pierre Farigoule fonde en 1910 l’école « La dentelle au foyer », suivie en 1942 du « Conservatoire de la dentelle » créé par Johannès Chaleyé, qui réimplante l’apprentissage dans les écoles. Après sa disparition en 1960, un nouveau conservatoire renaît en 1974, mais la fragilité économique persiste. Pour assurer la survie de cet art, un atelier d’État rattaché au Mobilier national est créé, où des dentellières perpétuent ce savoir-faire avec un haut niveau d’exigence.

    Le savoir-faire de la dentelle au fuseau du Puy-en-Velay a été inscrit en 2008 à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel.

    Sources : 

    Dentelle Le Puy-en-Velay, Mobilier National, https://www.mobiliernational.culture.gouv.fr/fr/nous-connaitre/les-manufactures/dentelle-le-puyenvelay 

    Dentelle aux fuseaux en Savoie, Ecomusée du Lac d’Annecy https://www.ecomusee-lacannecy.com/fr/nos-reportages/dentelle-fuseaux.html 

    Fiche d’inventaire du patrimoine culturel immatériel, La dentelle au fuseau du Puy-en-Velayhttps://www.pci-lab.fr/fiche-d-inventaire/fiche/197-la-dentelle-au-fuseau-du-puy-en-velay  

  • La dentelle aux fuseaux permet de réaliser des pièces d’ameublement comme des rideaux ou des napperons, mais aussi des pièces de vêtements et accessoires de mode, comme des cols, rubans, manchettes… Aujourd’hui elle est source d’inspiration pour le design textile, et sert de médium dans des créations d’art contemporain.

  • La dentelle aux fuseaux trouve ses origines dans l’art du tressage et dans la passementerie. Sa réalisation nécessite un matériel particulier composé d’un métier, de fuseaux, de fil et d’épingles, plus ou moins fines selon le titrage du fil employé.

    Le métier est le support sur lequel repose la dentelle en cours d’élaboration. Selon sa forme et sa région d’origine, il est désigné par différents termes : carreau, coussin, tambour…

    Les fuseaux, petits instruments en bois tourné, se composent de trois parties : la tête qui présente une gorge permettant de maintenir la boucle d’arrêt du fil ; la bobine autour de laquelle le fil est enroulé ; le manche servant au maniement du fuseau. Ils sont choisis en fonction du titrage du fil : plus le fil est épais, plus la taille et le poids du fuseau sont importants. 

    En effet, selon le modèle de la dentelle et l’effet attendu, les fils utilisés peuvent être très différents aussi bien au niveau de leur titrage que de leur composition ou de leur couleur : fils de lin, de soie ou de coton le plus souvent, mais aussi synthétiques ou métallisés ; ils peuvent rester blanc ou être colorés.

  • La réalisation d’une dentelle comporte différentes étapes dont la première est le tracé d’un dessin codifié indiquant les points à utiliser et l’emplacement des épingles. Exécuté sur une feuille de papier calque, ce dessin est ensuite posé sur un carton particulier (carte lyonnaise), lui-même placé sur un coussin à piquer. Calque et carte lyonnaise sont alors perforés à l’aide d’un piquoir (outil constitué d’un mandrin et d’une aiguille) en suivant les tracés du dessin, c’est-à-dire les contours des motifs mais aussi l’intérieur de chacun d’eux et leur pourtour. 

    Chaque perforation correspond au futur emplacement d’une épingle. L’étape suivante consiste à reconstituer le dessin sur le carton en suivant les perforations. 

    Anciennement, le tracé se faisait à l’encre de Chine, celle-ci ne risquant pas de tacher la dentelle. Aujourd’hui le dessin est effectué avec un stylo à mine tubulaire ou par dessin assisté à l’ordinateur.

    Une fois le travail préparatoire terminé, la fabrication de la dentelle peut commencer. Il s’agit alors de réaliser un réseau régulier correspondant au fond de la dentelle sur lequel s’inscriront les différents motifs. Tous les points sont exécutés en entrecroisant les fils par les mouvements de base qui sont « tourner » et « croiser », ce qui nécessite de toujours manipuler les fuseaux par paires. En combinant de multiples façons ces deux mouvements de base, on obtient un grand nombre de points plus ou moins complexes. Les points de croisements stratégiques des fils sont maintenus par des épingles que l’on enlève au fur et à mesure de l’avancement de l’ouvrage. 

    Parmi les dentelles aux fuseaux, on distingue la dentelle à fils continus pour laquelle on utilise un nombre constant de fuseaux du début jusqu’à la fin de l’ouvrage, la dentelle à fils semi-continus dont la réalisation nécessite d’ajouter ou de retirer un certain nombre de fuseaux au cours du travail et enfin, la dentelle à fils coupés ou à pièces rapportées dont les motifs sont réalisés séparément avec un nombre de fuseaux différents pour chacun d’eux et sont assemblés à la fin du travail par crochetage.

Environnement économique

    Après la seconde Guerre Mondiale, la dentelle à la main était considérée comme un loisir. Le savoir-faire disparaissait peu à peu. Prenant conscience de la perte de ce patrimoine, Mick Fouriscot décida, en 1974, de créer une association pour l’enseignement et la promotion de la dentelle au fuseau. Dans cette dynamique, le président de la République encouragea la création des Ateliers nationaux du Puy et du Point d’Alençon. 
    Aujourd’hui, les arts de la dentelle à la main connaissent un développement certain. On recense, en France, plus de 450 clubs dentelliers. La plupart des personnes qui se forment aux arts dentelliers pratiquent la dentelle en activité de loisir, certaines en font leur activité professionnelle. Les titulaires du CAP peuvent exercer en tant que fonctionnaires dans les ateliers nationaux (lorsqu’une place se libère) où elles réalisent des dentelles destinées à enrichir les collections du Mobilier National. Elles peuvent aussi être enseignantes dans des associations, artisans d’art ou artistes libres. Les débouchés sont très restreints (haute couture, arts plastiques…) pour les dentelles à la main car leur réalisation requiert de nombreuses heures de travail et elles atteignent par conséquent des prix de vente très élevés. Ainsi, les dentellières se tournent souvent vers des activités d’enseignement ou de création de modèles de dentelles.

Formation

    Formation initiale

    Niveau 3
    - CAP arts de la dentelle option fuseaux, 2 ans.
    Actuellement, aucun lycée professionnel ne dispense l’enseignement du CAP arts de la dentelle. C’est dans le cadre de trois associations que le CAP de la dentelle au fuseau peut se préparer : le Centre d’Enseignement à la dentelle au fuseau du Puy en Velay (le plus ancien et le précurseur), le Conservatoire de la dentelle de Bayeux et l’Hôtel de la dentelle de Brioude.

    Niveau 4
    - BMA arts de la dentelle option fuseaux, 2 ans.

    Formation professionnelle continue

    Certains diplômes peuvent être préparés dans le cadre de la formation professionnelle continue. Les formations non diplômantes, de courte durée ou sous forme de cours à l’année, permettent de suivre une initiation, une formation complète ou un perfectionnement dans les différentes techniques des arts de la dentelle.