Enluminure

Rareté élevée
Absence de diplôme ou certification
Absence de formation
Faible nombre de détenteurs
Papier
Enluminure pleine page et en marge d'un texte calligraphié
Au pinceau et à la plume, l’enlumineur dessine et met en couleur les lettrines et ornements de manuscrits religieux ou profanes. La peinture est constituée de pigments naturels, elle est parfois rehaussée de feuilles d’or ou d’argent, appliquée sur des papiers d’art ou des parchemins.

Description du savoir-faire

  • Art du Moyen Age, l’enluminure du latin illuminare est l’art d’illuminer, de mettre en lumière le texte d’un manuscrit par la richesse de décors entièrement peints à la main sur du parchemin ou sur du papier.

    En Europe, la culture judéo-chrétienne se réfugia dans les monastères, vrais foyers spirituels qui deviendront très vite de grands centres de production artistique à partir du VIe siècle de notre ère. L’art de l’enluminure est alors exécuté pour un seul et unique but : celui de glorifier Dieu. Le développement des monastères conduit progressivement à un essor de l’écriture. La lecture spirituelle et l’étude des textes liturgiques occupant une place de plus en plus importante dans la vie monastique, les moines, les premiers, commencent à recopier les manuscrits religieux (bibles, psautiers, évangéliaires, sacramentaires…) ainsi que les textes d’auteurs classiques. Sous la direction d’un chef d’atelier, de nombreux calligraphes, dessinateurs, chrysographes et enlumineurs travaillèrent sans relâche dans des conditions parfois difficiles pour faire naître ce qui est aujourd’hui le trésor de notre patrimoine artistique, historique et culturel.

    A partir du IXe siècle, chaque monastère possède son scriptorium. Le manuscrit deviendra une œuvre à part entière. Le moine enlumineur affinera les décors de rinceaux, d’entrelacs, de végétaux, de motifs géométriques, zoomorphiques, figurés et historiés. De sa palette de pigments naturels, il habillera avec goût et précision les nombreuses initiales et lettrines réveillant ainsi les textes calligraphiés à l’encre noire ou sépia. Les feuilles d’or et d’argent viendront miroiter sur les nobles pages pour imprégner le lecteur de spiritualité. Les décors seront porteurs de messages et de symboles. Chaque élément aura sa propre signification, sa propre identification : signes de reconnaissances, signes sacrés, signes d’appartenance… l’image a un rôle didactique, elle facilitera la compréhension du texte qu’elle illustre. Les enluminures vont ainsi éclairer le sens des textes, notamment pour ceux, nombreux qui ne savaient pas lire. L’embellissement de lettrines, des initiales de début de paragraphe ou de chapitre mettra en évidence les articulations des textes et, aidera le lecteur à trouver ses repères.

    L’enlumineur déposera sa couleur dans les espaces que le calligraphe lui réservera au début de sa mise en page. Avec discipline et talent, l’art de l’enlumineur deviendra un élément décoratif complet que l’on retrouvera aussi bien dans le corps d’un texte, au début d’une pleine page comme à la fin d’un texte. Au fil des siècles, les initiales peintes se développeront et, parées d’or et de motifs variés, elles deviendront de véritables lettres ornées. Tout le décor sera alors organisé selon une hiérarchie qui correspondra à celle du manuscrit. Dans tous les cas, l’image primera sur l’ornement, les métaux sur les couleurs, la peinture sur le dessin, et le grand sur le petit.

    Au sommet de la hiérarchie figurera la lettre historiée renfermant un récit, puis les lettres ornées, chargées de motifs végétaux et géométriques, suivies des lettres figurées comportant des personnages et des lettres zoomorphes décorées d’animaux. Viendront ensuite les initiales sans ornements, les lettres puzzles, les lettres champies et les lettres filigranées.

    La décoration des marges et des bordures s’est elle aussi enrichie avec le temps jusqu’à former des courbes gracieuses, d’entrelacs, de rinceaux composés d’éléments inspirés du domaine végétal (feuilles d’acanthe, feuilles de lierre, feuilles de vignes…) et du règne animal (oiseaux, papillons, animaux fantastiques…). 
    Ces bordures devinrent de véritables cadres autour des peintures pleines pages. Au cours des siècles, beaucoup de styles se sont développés suivant des influences diverses : insulaire, carolingien, roman, gothique, ayant chacun leur spécificité et leur technique permettant ainsi de dater les enluminures et les ouvrages dans lesquels elles figurent.

    A partir du XIIIe siècle, la production artistique se développera en dehors des monastères, dans des ateliers laïcs répondant aux nombreuses demandes des universités et, nombreux commanditaires aisés. A la suite des moines copistes, une véritable corporation de maîtres enlumineurs verra ainsi le jour. Le manuscrit enluminé réalisé pour la gloire de Dieu deviendra progressivement un manuscrit symbole de richesse en conférant à son possesseur un grand prestige social. Ainsi les rois, les princes et marchands veulent posséder de tels ouvrages : livres de familles, bestiaires, livres d’heures, herbiers, livres d’études, livres littéraires et scientifiques. Le manuscrit devient une œuvre d’art à part entière. 

  • L'enlumineur peint soit sur du parchemin (peau animale) soit sur du papier.

    Les couleurs sont obtenues à partir de pigments d’origine végétale, minérale, animale, des terres et des métaux. Ainsi les rouges peuvent être d’origine animale (le kermès, la cochenille, la pourpre), végétale (la garance, le bois du brésil) et minérale (le cinabre, le rouge vermillon, le minium). Les bleus proviennent de minéraux : lapis lazuli (pierre bleue), azurite (carbonate basique de cuivre) et de végétaux : la guède ou bleu pastel et l’indigo. Les jaunes sont issus de végétaux : le safran (crocus), la sève de chélidoine, la gaude, le carthame ; de minéraux : l’orpiment (trisulfure d’arsenic). Les verts proviennent de minéraux : la malachite ; de terres : la terre verte ou terre de Vérone, terre verte calcinée ; de végétaux : le vert de vessie, le vert d’iris… Toutes ces couleurs sont obtenues par décoction, macération, calcination ou broyage selon leur nature propre.

    Certains pigments naturels sont aujourd’hui connues pour leur toxicité ; comme le cinabre en raison du mercure. Autre exemple, le lapis-lazuli, sous forme de poudre, et donc plus volatile, produit du souffre au contact de l’eau, et peut provoquer des réactions chimiques en fonction du liant utilisé. Il demande donc une maîtrise des dosages et le respect de mesures de sécurité. Des pigments synthétiques sont régulièrement conçus pour se substituer à ces pigments.

  • L’enlumineur d’aujourd’hui s’emploie à retrouver et à perpétuer les techniques et les gestes d’autrefois, ses connaissances doivent être précises et étendues aux autres domaines que celui de la couleur : préparation des supports, le dessin, la pose des ors et des argents, préparation et pose des couleurs, et la calligraphie.

    Dans le détail, la préparation du support - notamment le parchemin - demande beaucoup d’attention, la surface de la peau est rendue régulière par le ponçage de celle-ci avec de la pierre ponce, de l’os de seiche ou de la craie. L’enlumineur trace ensuite son dessin à la mine de plomb qu’il rehausse à l’encre noire ou sépia au moyen d’une plume ou d’un calame (en roseau ou bambou). Puis vient la pose de la feuille d’or qui se travaille avant la pose des couleurs. Cette application demande beaucoup de soin dans la pose d’une assiette appelée gesso : mélange de plâtre, de sucre, de colle de poisson et de blanc de plomb. Du bol d’Arménie peut être ajouté au gesso afin de teinter l’ensemble de l’assiette et réchauffer le brillant de la feuille d’or. Le gesso est soit appliqué en couches uniformes, soit en relief en fonction des effets souhaités. Une fois sec, il est poli avec une pierre d’agate de manière à ce que la surface qui va recevoir la feuille d’or soit parfaitement lisse et brillante. La feuille d’or est alors posée avec délicatesse, puis si nécessaire, elle est brunie avec une agate afin de renforcer son éclat. Intervient alors la pose des couleurs, moment fort qui requiert toute l’attention de l’enlumineur car elle va donner toute la profondeur et la vie à l’œuvre.

    Le savoir-faire de l’enlumineur réside dans sa capacité à choisir parmi les meilleurs pigments dont il peut disposer. De la qualité des pigments employés dépend la vivacité, l’éclat et la pérennité de la couleur. Afin d’être agréable d’utilisation, les pigments doivent être réduits en poudre très fine et mêlés à un liant naturel : sève d’arbre fruitier, miel, œuf, colle de poisson, qui permet à la couleur d’adhérer au support parchemin. 
    Le broyage est réalisé sur une plaquette de porphyre à l’aide d’une molette. La préparation obtenue est utilisée comme une peinture à l’eau. Le pigment est délicatement posé par superposition de couches bien séchées entre chaque passage. Les couleurs, en dehors des terres, ne se mélangent pas entre elles afin d’éviter toutes réactions chimiques.

    L’enlumineur peut, après avoir acquis toutes ces connaissances, obtenir des nuances d’une variété considérable. Tout l’art de l’enluminure s’exprime par des effets de transparences, de dégradés, de contrastes et de rehauts de lumière.
    Au travers des siècles, l’enluminure a atteint par la qualité de sa minutie, de ses applications et la richesse de ses détails, un haut niveau artistique et est devenu aujourd’hui un métier d’art d’excellence à part entière.

Environnement économique

    On estime à une soixantaine le nombre d’enlumineurs professionnels en France. Si le Moyen Age engendra des œuvres essentiellement religieuses, l'art de l'enluminure s'exerce aujourd'hui dans des domaines d’activité très variés : restauration et réplique de manuscrits, enseignement, artisanat, illustration d’art, œuvre originale (diffusion ou création contemporaine), publicité.
    Les manuscrits semblent peu restaurés mais leurs répliques sont très prisées. Par la copie, l’enlumineur conserve la mémoire du passé et perfectionne son savoir. Il faut parfois plus de cent heures pour réaliser une œuvre.
    A côté de la réplique de manuscrits, la plupart des enlumineurs réalisent leurs propres créations et présentent leur travail au travers d’expositions. Des particuliers mais aussi des entreprises, des associations, des collectivités passent commandes pour la réalisation de cartes de vœux, de menus, de diplômes, d’arbres généalogiques, de logotypes, d’affiches, de blasons, d’écussons…. Les milieux de l’édition ou de la création publicitaire peuvent aussi avoir besoin d’enlumineurs, créatifs, coloristes. Véritables artistes indépendants, les enlumineurs réinventent leur art avec des thèmes actuels tout en respectant les styles et univers médiévaux. Aujourd’hui, l’artiste fixe lui-même le prix de ses œuvres.

Formation

    Formation initiale : 

    Jusqu'en 2024, une formation donnant lieu à un diplôme d’enlumineur en 2 ou 3 ans était dispensé à Angers, au sein de l'Institut Européen de l'Enluminure et du Manuscrit. Cet établissement, seule école en Europe, a malheureusement fermé.

    Formation continue : 

    Des stages d’initiation ou de découverte sont organisés par des associations et des professionnels.