Fabrication et restauration de poêle en faïence
Description du savoir-faire
-
Inventé dès l'antiquité romaine par l'architecte Sergius Orato, le chauffage par rayonnement s'est progressivement développé. Il s'agissait de récupérer les fumées du four dans des briques évidées, au sol et aux murs, afin de chauffer toute l'habitation.
Le poêle à bois s'est ensuite imposé sous des formes rustiques de briques et d'argile puis devient un objet décoratif dès le XIVème siècle prenant le pas des tendances architecturales des époques qu'il traverse (style Empire etc.) et revêtant les décors spécifiques des faïenceries régionales (Sarreguemines, Toul, Desvres etc.). L'activité se développe progressivement dans le nord (poêles en fonte dans l'Aisne, en faïence dans le Pas-de-Calais) et l'est (poêles lorrains, Kachelofen alsacien) de la France sur de grands bassins d'emploi et près des faïenceries.C'est au XIXème siècle avec la révolution industrielle qu'il entre dans la plupart des foyers, avec sa version en fonte, procurant ainsi à bon nombre de familles françaises chaleur et confort moderne. C'est ainsi que Jean-Baptiste André Godin installe son entreprise dans l'Aisne en 1846. Celui-ci emploiera jusqu'à 1500 personnes qu'il logera avec leur famille dans un "familistère", complexe innovant et très remarqué à l'époque comprenant appartements, lavoirs et magasins d'approvisionnement.
-
Le poêlier fabrique et restaure des poêles à bois (bois, charbon) - parfois appelés "Kachelofen alsacien et poêles-cheminées" - en faïence, en perpétuant les gestes anciens consistant à maîtriser la chaleur et à la faire circuler.
La réalisation d'un poêle en faïence nécessite de nombreuses étapes pouvant aller de la fabrication de la faïence elle-même à la mise en activité du poêle chez les particuliers. L'activité de poêlier à proprement parler débute généralement par l'assemblage et la fabrication du poêle lui-même en utilisant des pièces de faïence fournies par un céramiste indépendant ou œuvrant dans le même atelier. Ce dernier fabrique des moules de plâtre à la forme puis y coule la "barbotine", mélange d'eau et d'argile. Le "biscuit" démoulé est peint à la main, émaillé puis cuit à four très chaud pendant plusieurs heures afin de lui donner sa forme définitive et sa solidité. Les éléments sont alors prêts à être assemblés. Lors de la fabrication ou la restauration d'un poêle ancien, le poêlier peut s’entourer également de chaudronniers et chauffagistes.
Le poêle a la réputation de fournir une chaleur douce, stable et confortable. Il est aisément utilisable et son installation est possible dans tout type d'habitation sans travaux structurels préalables.
Le chauffage par rayonnement au travers de carreaux de faïence a donné lieu à différents outils de chauffage dérivés : cheminées à carreaux de faïence, cuisinières, chauffe-plat, murs ou bancs rayonnants etc. Le poêlier peut également construire des fours à pain ou à pizza.
Ce type de chauffage peut dès lors être adapté à des méthodes actuelles de gestion du chauffage avec l'utilisation de la convection, les circuits électriques et la gestion intelligente des émissions de CO2. -
Le principe du chauffage par poêle repose sur le rayonnement des parois (fonte ou carreaux de faïence) chauffées de l'intérieur par les circuits de fumées issues du foyer. Le poêle est ainsi constitué de trois parties principales : le foyer en fonte ou en briques réfractaires, les circuits de fumée récupérateurs et accumulateurs de chaleur et les parois en fonte moulée ou en faïence servant de diffuseur de chaleur mais également d'élément décoratif. Les poêles en faïence rivalisent ainsi de charme grâce à leurs carreaux ouvragés.
Le poêle en faïence est constitué d’un assemblage et ajustage de céramiques et de briques réfractaires. Les carreaux sont préalablement ébarbés puis poncés. Les parois de faïence peuvent alors être montées à sec carreau par carreau.
Lorsque l'ensemble de la première rangée est homogène, le poêlier la maintient bien en place par la face arrière avec des "cales" réalisées en briques réfractaires liées avec de l'argile. Puis il monte la deuxième rangée qu'il cale de la même manière et fixe à la précédente avec des "barrettes" en briques réfractaires qu'il recouvre ensuite d'argile.
L'utilisation d'argile permettra le cas échéant de démonter et remonter facilement le poêle pour le restaurer.Une attache supplémentaire est réalisée avec des agrafes métalliques permettant de maintenir les carreaux entre eux. Elles accompagnent le mouvement de dilatation des carreaux lorsqu'ils sont chauffés et font ressort pour permettre aux carreaux de reprendre leur position initiale lorsque le poêle se refroidit. Le poêlier monte enfin derrière les parois de faïence les briques réfractaires de "remplissage" et le circuit de fumée qui va y évoluer. Dans les rangées les plus hautes, la section du circuit diminue ainsi que l'épaisseur des parois. En effet, plus la fumée circule plus elle perd en densité et en pouvoir de chauffe et à du mal à à franchir l'épaisseur de brique. La technicité du montage et la maîtrise des volumes (dilatation, rétraction) font ainsi tout le savoir-faire si spécifique du poêlier.
Lors de la restauration d'un poêle en faïence, le poêlier peut être amené à démonter différents éléments, les nettoyer, réparer les parties métalliques, réaliser des consolidation de carreaux ou les remplacer, ce qui peut nécessiter de recréer un moule et un carreau de faïence spécifique.
L'innovation est possible dans ce secteur pourtant à forte valeur artisanale. L'alliance des matériaux et leur utilisation spécifique peut notamment permettre d'augmenter le rendement calorifique du poêle, ce qui est généralement le but recherché par l'inventeur. Plusieurs types de poêles en faïence se sont développés, certains protégés par des brevets. Le plus classique est le poêle tout réfractaire à transmission de chaleur par brique réfractaire et faïence dont le foyer est central, il accumule la chaleur et chauffera une pièce de grand volume, il peut être fixe ou transportable en cas de déménagement ; le poêle à air chaud enferme le foyer et récupère sa fumée avant de la faire circuler dans le circuit de fumée (en brique ou en fonte), sa chaleur sera plus pérenne et pourra chauffer toute l'habitation grâce à un réseau de tuyaux.
Environnement économique
Aujourd'hui encore en France, le poêle en fonte et céramiques est toujours fabriqué par de grands noms du poêle et de la cheminée (Deville, Godin, Oliger France, Supra...). Il s'offre aujourd'hui des lignes et des formes modernes signées par de grands noms du design.
Un poêle en faïence fabriqué manuellement est un objet unique dont le prix peut facilement monter jusqu’à 15000 € voire plus. Il existe seulement quelques ateliers artisanaux.
Le poêle bénéficie actuellement d'un regain d'intérêt de la part des consommateurs en quête d'énergies naturelles (non fossiles), douces et soucieuses de l'environnement. La tradition perdure en Alsace, en Lorraine mais également dans le Nord, où l'on trouve toujours une forte tradition faïencière. Cette activité connaît ainsi encore de forts taux de croissance.
Formation
Formation initiale
Il existait un Certificat Technique des Métiers (CTM) Poêlier de niveau 3, mais aujourd'hui il n'existe plus de fromation initiale diplômante.
Formation professionnelle continue
L'Association Française du Poêle Maçonné Artisanal propose des formations courtes, ainsi qu'un CQP Poêlier – Constructeur mainteneur de poêle maçonné artisanal, reconnu au RNCP.