Gainerie

Rareté modérée
Absence de formation
Faible nombre de détenteurs
Cuir / Parchemin
Le gainier fabrique des gaines, écrins, fourreaux, socles, coffrets, articles de bureau. Il utilise des fûts (bois ou carcasse) ou des supports en carton ou en plastique et les recouvre de cuir, de papier ou de simili cuir.

Description du savoir-faire

  • L'ornementation du cuir et l'habillage d'objets en cuir trouvent leur origine en Orient. Développées dans les pays arabes, ces techniques sont ensuite introduites en Europe notamment via l'Espagne. En France, une corporation de gainier se forme au XIVe siècle.
    Les cuirs décorés sont très à la mode eu XVIe siècle, particulièrement en décoration murale, mais c'est au XVIIIe siècle que les gainiers se spécialisent dans la garniture de coffrets et de mobilier. C'est aussi à cette époque que Jean-Claude Galluchat introduit l'utilisation de la peau de poisson, qui prendra ensuite son nom ; le galuchat (peau de raie ou de requin). A la fin du siècle, Paris compte environ sept cents gainiers.
    Le métier connaît un nouvel âge d'or pendant la période Art Déco, avec des ensembliers comme Clément Rousseau, Jean-Michel Frank ou Jacques-Émile Ruhlmann, avant de décliner dans la deuxième moitié du XXe siècle.

    Source : Sophie Flouquet, Gainier d'art, Journal des arts, n°255 du 16 mars 2007 https://www.lejournaldesarts.fr/campus/gainier-dart-77632

  • Le gainier d’art pratique la gainerie, c’est-à-dire qu’il gaine ou recouvre manuellement de cuir, de tissu ou autre matériau souple (peausserie, papier, parchemin…) un support fabriqué par ses soins visant à contenir, protéger ou présenter un objet généralement précieux. A la différence d’un maroquinier, le gainier travaille sur un support, ou « fût », rigide en bois, carton ou aluminium. Le support en plastique est quant à lui utilisé dans la gainerie industrielle, pour des objets de décoration et de moindre valeur.

    A l’origine, le gainier fabriquait des gaines, ou étuis, ayant exclusivement la forme de l’objet qu’ils devaient recevoir et servaient notamment dans le domaine des armes : fourreau, gaine de poignard, étui de pistolet… Le gainier réalisait également l’habillage de cassettes ou autres coffres à bijoux.

    Aujourd’hui, la gainerie s’est ouverte à des objets d’usage plus courant. Les cinq branches de la gainerie dépendent du support à gainer en fonction du type d’objet qu’il contient :

    • Les « écrins », qui sont de petits coffrets destinés à recevoir et transporter des lunettes, instruments de musique, nécessaire à couture, manucure, bijoux…
    • La « grosserie », qui relève de la gainerie d’ameublement et dont les supports sont réalisés par l’ébéniste : abattants de secrétaire, sièges, tables à jeux, tiroirs, ménagères etc. Il peut également s’agir de recouvrir des surfaces : murs de palais, cloisons de jets d’affaire, de yachts…
    • La « partie portante », qui concerne la présentation de bijoux, œuvres d’art etc. : plateaux, bustes, « marmottes » (valises de présentation)…
    • La « fantaisie » qui consiste à réaliser dans son ensemble un objet, puis à le gainer intérieurement et extérieurement : boîtes à jeux, cadres, sous-main, articles de bureau, trompe-l’œil…
    • L’« étalage » ou la décoration de vitrine, qui permet l’habillage de tablettes ou panneaux à l’aide de velours, feutrine…

    Le gainier est ainsi amené à travailler avec des décorateurs, ébénistes, antiquaires, joailliers et bijoutiers, orfèvres, armuriers, lunetiers ou luthiers.
    Le gainier effectue des réparations d’objets anciens et procède à l’entretien du cuir. La dorure est également à renouveler tous les vingt ans. Il effectue parfois des restaurations plus importantes dans les secteurs privés et publics.

    Le gainier, parfois appelé « sellier gainier », peut compléter son activité par la sellerie-garnissage (habillage d’intérieur de voiture, d’avion etc.), la malletterie (fabrication d’articles de voyage) ou la reliure (réalisation de livres en cuir), domaines proches de la gainerie d’art.

  • Des peaux peu épaisses et fermes sont généralement employées : vachette, vélin (veau), maroquin (chèvre) ou basane (mouton). 

    Le gainier utilise parfois des peaux spécifiques comme les peaux de requins ou de raies tannées aux reflets émaillés, appelées « galuchat », introduites par le gainier du même nom au XVIIIe siècle ou des cuirs anciens.

  • Le gainier travaille sur l’ensemble des étapes de la fabrication de l’étui et de son habillage : de la création de la carcasse aux finitions.

    Il commence par concevoir l’écrin seul ou sur commande du client ou du designer, puis effectue un croquis coté (mesures extérieures et intérieures, évaluation du gainage intérieur, espacement entre l’objet et le support) à la main ou sur informatique. Il fabrique ensuite un prototype, sélectionne les matériaux (type de bois : dur, tendre, résineux, exotique… ; qualité du cuir, etc.) en fonction du caractère de l’objet, détermine la quantité nécessaire et réalise un devis.

    Le gainier fabrique ensuite la carcasse de bois, lors du « fûtage », ce qui nécessite la maîtrise de la menuiserie. Il découpe les différentes parties (fond, couvercle, côtés), les assemble par des clous et/ou de la colle (suivant l’épaisseur du bois), puis les ponce. Le gainier réalise l’ouverture en sciant le fût, ce qui permet d’obtenir le couvercle. La carcasse est alors poncée puis vernie. Le ferrage consiste à assembler le corps et le couvercle par des charnières en cuir ou en cuivre ainsi qu’à fixer serrure, poussoirs ou gâchettes afin d’ouvrir et fermer l’écrin. Une fois la carcasse fabriquée, le gainier se consacre à son habillage.

    L’enveloppe de cuir peut être refendue et parée afin d’amincir le cuir de façon régulière : le gainier ou le « pareur » suit les sinuosités, contours et particularités de la peau pour l’amener à l’épaisseur souhaitée.

    Le gainier développe un véritable savoir-faire dans la décoration du cuir qu’il effectue en général lui-même : il sait le teindre, le patiner ou le peindre et connaît les techniques de dorure sur cuir (cuirs décorés d’or, cuirs repoussés originaux, cuirs repoussés dits « de Cordoue » ou cuirs dorés polychromes patinés ; cuirs gaufrés et teints dits « Henri II »)… Il existe aujourd’hui des techniques originales développées par les gainiers pour décorer les cuirs : laser, mosaïque…

    Le gainier est depuis les années 1950 souvent doreur sur cuir. Il réalise deux types de décorations : la « dorure à l’or » et la « dorure à froid ». La « dorure à froid » consiste à repousser, marteler ou gaufrer un cuir afin de lui donner du relief et faire apparaître un décor grâce au pressage à chaud. Il emploie pour cela un fer à dorer (« coin », « volutes paires », « fleurons »), une roulette ornée ou une plaque de bronze gravée et n’utilise pas de dorure. Pour la « dorure à l’or », il emploie généralement l’oeser (film de polyuréthane, recouvert d’or et de colle) qui permet d’appliquer l’or en un seul passage à l’aide d’une roulette ou d’un fer chauffé. Cette opération nécessite une grande maîtrise car la peau « frappée » ne peut être corrigée. Il peut également dorer à la feuille d’or (opération plus coûteuse) : il effectue l’empreinte par pression, dispose la feuille d’or, puis applique l’outil (roulette ou fer) passé au feu et correspondant au motif. Le surplus d’or est ensuite enlevé avec une patte de lièvre ou un chiffon doux. Pour les cuirs de Cordoue, le gainier applique parfois l’or à la feuille, mais le plus souvent à l’aide d’un pistolet. Dans le domaine de la gainerie d’ameublement et pour des cuirs très épais, le gainier peut travailler la dorure « à la plaque ».

    Une fois le cuir prêt, le gainier le trace et le taille suivant la surface totale du fût puis l’enduit de colle et l’applique très soigneusement sur la carcasse. Il peut ensuite effectuer une piqûre « façon sellier », une couture apparente qui habille le cuir.

    Le gainier réalise le « garnissage » en suivant parfaitement les bords intérieurs, à l’aide de moire, soie, satin, velours, papier etc. qu’il aura au préalable débités. Lorsque la garniture doit protéger l’objet, il s’agit d’un « capitonnage », c’est-à-dire d’un rembourrage à l’aide de bourre, ouate, matériau thermoformé, etc. Le gainier est aussi en charge des fournitures intérieures : coussins plats, montants ou à bande, des baguiers, des gorges…

    Enfin les finitions sont pratiquées : elles consistent à vérifier l’ouvrage et à rectifier les petits défauts.

Environnement économique

    La gainerie fait partie du secteur de la maroquinerie constitué de 1 500 entreprises dont 800 artisans indépendants et plusieurs grands groupes comme Hermès ou LVMH (Louis Vuitton). Ces grands noms sont d’importants recruteurs pour leur production industrielle. Parallèlement, ils réussissent à préserver un savoir-faire haut de gamme et sur mesure en proposant des articles de gainerie d’art. (Fédération française de la maroquinerie).
    La gainerie d’art est pratiquée par une trentaine de professionnels en France. Il existe quelques entreprises de plus de dix employés, mais dans la majorité des cas les gainiers d’art travaillent seuls ou dans de petits ateliers. Ils participent généralement à la création de modèles originaux en accord avec des clients privés ou des entreprises soucieuses de leur image.
    Dans les plus grands ateliers, on trouve des créateurs et des techniciens. Les gainiers débutants ont de bonnes perspectives d’évolution et peuvent se spécialiser dans un des domaines de la gainerie (écrins, parties portantes, dorure etc.) ou dans une fonction d’étude et de création.
    La Suisse, forte de sa tradition en horlogerie et joaillerie, dispose d’un important tissu artisanal en gainerie d’art, d’écrins, parties portantes et étalages. Les articles de grosserie et de fantaisie rencontrent plutôt une concurrence anglaise et italienne.
    Après une période morose, l’activité de gainerie d’art renoue avec la croissance grâce au développement des arts graphiques et de la décoration de luxe. La clientèle est composée de particuliers très aisés et plutôt étrangers ainsi que de grands noms du secteur du luxe.

Formation

    Formation initiale

    Il n’y a pas de formation spécifique à la gainerie. Il est nécessaire de suivre une formation en maroquinerie complétée par un apprentissage en atelier de gainerie, ou une formation en dorure sur cuir

    Formation professionnelle continue

    Le CQP Gainier (niveau 3) peut être suivi dans le cadre de la formation continue, en contrat de professionnalisation ou en Validation des Acquis de l'Expérience (VAE)
    Des formations non diplômantes, d’une durée variable permettent de suivre une initiation, une formation complète ou un perfectionnement.