La restauration d’éventail
Description du savoir-faire
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L'origine de l’éventail remonte à l’Antiquité, sous la forme d’éventails écran, qui ne pouvaient pas être repliés. Très répandu en Asie, l’éventail plié est inventé au Japon au VIIe siècle, puis en Chine apparaît l’éventail brisé.
L’éventail plié arrive en Europe au XVIe siècle à travers les voyages des marchands portugais ; il connaît notamment un grand succès en Italie et Catherine de Médicis le diffuse à la Cour de France. La fabrication des éventails est alors répartie entre plusieurs corps de métiers : parfumeurs, tabletiers,… Puis dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, sous l’instigation de Colbert, naît une corporation des éventaillistes. Leur niveau de technicité sera prééminent par rapport à celui des fabricants anglais, italiens ou hollandais.
Le XVIIIe siècle marque l’âge d’or de l’éventail, avec l’invention du moule à plisser en 1770. Les éventails peints reproduisent des tableaux célèbres, avec des scènes historiques, mythologiques, galantes ou de la vie quotidienne. Après une période de faible activité après la Révolution française, et le goût du Premier Empire pour des éventails plus petits, décorés majoritairement de paillettes, l’éventail peint connaît un renouveau au milieu du XIXe siècle. Plusieurs grands noms de la peinture s’y essayeront comme Degas, Pissaro ou Gauguin. En parallèle, de grandes Maisons voient le jour. Puis avec sa démocratisation et la révolution industrielle, une partie de la fabrication s’industrialise, l’éventail devenant aussi support publicitaire pour les théâtres, cabarets ou restaurants. Au début du XXe siècle, la mode des éventails commence à décliner, à quelques exceptions près comme les éventails de Georges Bastard.
Si aucun document n’atteste d’une spécialisation en restauration avant l’adoption de la Charte de Venise de 1964, il est probable que le besoin de réparer les éventails abîmés soit apparu dès la fabrication et l’utilisation d’éventails. Des éventails du XVIIIe siècle présentent ainsi des traces de réparations.
Actuellement, les œuvres européennes jugées les plus précieuses sont des éventails du XVIIIe siècle ou de la période Art nouveau. Les éventails chinois, dit « aux mille visages », autrefois très appréciés en Europe, porteurs d’un fort enjeu patrimonial en Chine, font également l’objet d’une attention accrue.
Sources :
Fiche d’inventaire du patrimoine culturel immatériel, Le savoir-faire des éventaillistes, https://www.pci-lab.fr/fiche-d-inventaire/fiche/397-le-savoir-faire-des-eventaillistes
Histoire de l’éventail, Les Amis du Musée de l’Éventail, https://www.amis-musee-eventails.com/histoire-de-leventail/
Exposition « L’air du temps – Une histoire d’éventails 17e-21e siècles », 16 juin-20 novembre 2022, Musée d’Aquitaine https://www.musee-aquitaine-bordeaux.fr/sites/bor-musaq-drupal/files/2025-05/Expo%20L%27air%20du%20temps.pdf -
Il existe trois types principaux d’éventails : les « écrans », constitués d’un manche et d’un panneau fixe, les éventails « brisés » dont les brins sont réunis à la base par un rivet et au sommet par un cordon ou un ruban, et les éventails pliés dont la structure, appelée « monture », est faite de brins sur lesquels repose une feuille plissée.
La restauration d’éventails concerne tous les modèles d’éventails. Il faut s’adapter aux contraintes de ces œuvres en volume, articulées, et composites. Il faut aussi garantir le bon fonctionnement mécanique de l’ouverture et de la fermeture de l’éventail.
Par ailleurs, les éventails étant composites, il est impératif de se conformer aux critères de restauration de chaque spécialité (par exemple les arts graphiques pour les feuilles en papier).
Certains éventails, dit « à systèmes », intègrent également des boîtes à musiques, des cornets acoustiques, des miniatures en ivoire, des lunettes, etc. Une collaboration avec des horlogers ou des professionnels spécialisés est alors nécessaire.
Le respect des règles déontologiques de la conservation-restauration est impératif. Le code déontologique de la restauration précise que les interventions doivent être réversibles, non invasives, lisibles, stables dans le temps et respectueuses des matériaux d’origine.
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Les éventails sont des œuvres composites. Ils impliquent ainsi une grande diversité de matériaux, les plus classiques étant le bois, l’ivoire, l’écaille et la nacre pour la monture ; la peau, le papier, les tissus ou la plume pour la feuille.
La monture d’un éventail plié est composée de brins (les tiges structurelles) et de panaches (les brins extérieurs, généralement plus grands et ouvragés). Elle peut ainsi être faite en bois, en ivoire, en écaille, en os, en nacre ou en matières précieuses. Lorsqu’il y a des manques à combler, il est nécessaire de reproduire ces zones de la façon la plus discrète possible. Si aucun matériau de conservation n’est envisageable, il est possible d’utiliser des fonds de brins anciens que l’on adaptera à la situation présente afin de rendre l’intervention invisible.
La feuille des éventails peut être en peau, en papier ou en tissu et présente souvent des déchirures ou des manques, ainsi que des traces d’usure, d’abrasion ou d’auréoles.
Le cordon ou le ruban des éventails brisés est souvent rompu, voire manquant ou non authentique et non adapté aux contraintes propres aux éventails.
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Avant toute intervention, un constat d’état est effectué pour repérer toutes les dégradations des œuvres : les déchirures, taches, manques, déformations... Les panaches de la monture peuvent ainsi être cassés et lacunaires, des déchirures ou des manques peuvent être observés sur la feuille.
Des restaurations antérieures peuvent aussi être identifiées. Dans ce cas de figure, une dérestauration est réalisée au préalable pour retirer les réparations anciennes, non déontologiques. Les repeints sont retirés, ainsi que les anciens renforts inadaptés.
La restauration de la monture, le « squelette » de l’éventail, débute par son nettoyage : l’ivoire se tache, et la dorure s’oxyde souvent. Cette dernière est extrêmement fragile et son traitement est à pondérer en fonction de sa résistance. Si la monture présente des manques, des renforts sont réalisés à partir de matériaux spécifiques à la restauration, ou bien des matériaux d’époque (provenant généralement de fonds d’ateliers rachetés) pour assurer une cohérence d’ensemble. Les éléments sont collés avec des colles réversibles.
Sauf cas exceptionnel, la feuille n’est pas démontée de la structure, car l’action serait trop invasive et dangereuse ; l’ouverture de la feuille se jouant au dixième de millimètre près. Les déchirures sont renforcées. La technique dite illusionniste est majoritairement privilégiée pour reconstituer les lacunes en s’inspirant de l’environnement visuel général de l’éventail. Il s’agit de préserver l’apparence de l’éventail, sans inventer de nouveaux motifs.
Toutes ces interventions ne doivent en aucun cas gêner ou transformer la bonne ouverture-fermeture de l’éventail. Cette propriété essentielle de l’œuvre est contrôlée à chaque étape de restauration.
Environnement économique
Le restaurateur ou la restauratrice d’éventail reçoit des demandes des musées privés, des antiquaires, des maisons de vente ou des collectionneurs privés, mais aussi d’institutions publiques. S’il détient un diplôme de niveau master (voir la description Restauration) il peut également intervenir sur les collections des musées nationaux.
Les éventails étant des objets fragiles, supportant mal les longs transports, la clientèle est majoritairement nationale, d’autant plus du fait des restrictions de circulation de certains matériaux réglementés (ivoire, écaille…). Une part de la clientèle internationale subsiste malgré tout.
La restauration d’éventail bénéficie également de l’engouement autour de l’usage de l’éventail, en raison du réchauffement climatique.
Cette fiche a été rédigée avec la participation de Yolaine Voltz
Formation
Il n'y a pas de formation spécifique à la restauration d’éventail.
Les formations en restauration dans les différents domaines, comme les arts graphiques, la peinture, les arts textiles permettent d’acquérir les techniques pour restaurer les feuilles ; mais la maîtrise des techniques de tabletterie est essentielle pour intervenir sur les montures.