Lunetterie main

Rareté élevée
Absence de diplôme ou certification
Faible nombre de détenteurs
Rareté ou réglementation de la ressource
Multimatériaux
Le lunetier réalise des montures sur mesure, le plus souvent en écaille. À partir du copeau préparé par l’écailliste, il taille la matière, cambre la monture à chaud, puis découpe les branches qu’il assemble avec la face.

Description du savoir-faire

  • Le savoir-faire du lunetier consiste à concevoir, fabriquer, ajuster et parfois restaurer des montures de lunettes adaptées aux besoins et à la morphologie de chaque client.

  • Les artisans lunetiers travaillent une grande diversité de matériaux, qu’ils sélectionnent en fonction des caractéristiques esthétiques, techniques ou fonctionnelles recherchées.

    Historiquement le lunetier travaillait l’écaille. Mais d’autres traditions lunetières se sont construites autour du métal ou, plus récemment, des matières plastiques et composites. Ainsi, la tradition lunetière du Haut-Jura repose sur le travail du métal, tandis qu’à Oyonnax s’est développée une expertise liée au moulage en matière plastique.

    L’écaille est un matériau protégé par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) appelée également « Convention de Washington ». Les artisans qui la travaillent doivent signaler leurs stocks (obligatoirement constitués de matériaux prélevés dans la nature avant la Convention en 1975). L’importation est interdite en France.

    Le lunetier peut aussi utiliser des matériaux organiques ou plastiques ainsi que des matériaux innovants comme le composite ; d'autres matériaux naturels comme le bois ou la corne ; et le métal comme l'acier inoxydable ou le titane et ses alliages par exemple.
    L’acétate de cellulose est utilisé sous forme de plaques colorées dans la masse qui peuvent être associées entre elles pour créer des effets de couleur. Des éléments décoratifs peuvent être intégrés au matériau avant découpe, tels que des feuilles d’or, des fleurs séchées ou de la dentelle. D’autres ornements, comme des strass ou des perles, peuvent être ajoutés sur la monture terminée.

  • La réalisation d’une monture débute par un échange avec le client afin de définir ses attentes en matière de forme, de matière et de couleur. Le lunetier effectue ensuite de nombreuses mesures du visage, notamment du nez, afin de garantir le confort et l’équilibre de la future paire. À partir de ces données, il dessine la monture, réalise un gabarit puis un prototype.

    La réalisation d’une monture en écaille est réalisée par le lunetier-écailliste.
    Lors de la réalisation d'un copeau destiné à une monture de lunettes, l'écailliste s'applique à choisir une plaque de couleur uniforme sur toute sa surface. Il façonne de même des copeaux plus étroits dans des teintes similaires pour la réalisation des branches et des plaquettes nasales.

    Lors de la fabrication d'une paire de lunette, le lunetier-écailliste creuse à la fraise le "drageoir" ou sillon qui recevra les verres. Les différents éléments sont ensuite "cambrés" par passages successifs au-dessus d'une flamme jaune et douce pour ne pas abîmer la matière. Lorsqu'il façonne divers objets, l'écailliste peut également mettre en forme l'écaille par un passage dans l'eau très chaude. Ramollie et malléable, la matière pourra prendre la forme voulue manuellement ou à l'aide de calibres. Pour finir les éléments en écaille sont poncés puis polis par abrasion avec différents tampons successifs (ponce, argile puis coton) puis montés à l'aide de petites charnières dans le cas d'une monture de lunettes. Cette dernière étape, fondamentale, est réalisée avec précaution pour ne pas dégrader la matière longuement travaillée et garantit l'équilibre des lunettes.

    Le lunetier-écailliste maîtrise également la restauration de lunettes en écaille. Cette restauration consiste tout d'abord à sélectionner la pièce de remplacement parmi les chutes provenant de son travail de façonnage et de création. Puis il l'ajuste sur l'objet par greffe ou par collage. Ce dernier n'a lieu que si le support n'est pas en écaille. La greffe nécessite quant à elle que la partie à remplacer ait été meulée afin d'obtenir un biais net permettant le soudage naturel. La possibilité d'effectuer la réparation - invisible - par greffe constitue l'un des atouts les plus significatifs de l'écaille. Il arrive d'ailleurs que le lunetier garde les chutes du façonnage d'une paire de lunette (chutes d'écaille provenant de l'emplacement des verres sur une monture par exemple) pour les réparations futures de son client.

    La réalisation d'une paire de lunette en écaille depuis la plaque d'écaille brute à la monture finie nécessite environ quinze heures de travail et plus de cinquante passes manuelles.

    Pour les montures en métal, notamment en fil d’acier, le lunetier travaille à la forge et façonne manuellement les pièces à l’aide d’outils de précision. Cette pratique, appelée travail « à la fenêtre » ou « à la lampe », nécessite un éclairage particulièrement adapté.

    Les montures en acétate ou en matériaux composites mobilisent elles aussi des opérations de découpe, de façonnage, de cambrage, de polissage et d’assemblage. Selon la complexité du modèle, la richesse des décors ou des couleurs recherchées, leur fabrication peut nécessiter un temps de travail très important.

    Pour finir, le polissage est  une étape importante. Il révèle les qualités esthétiques du matériau, ses reflets, ses reliefs ou ses biseaux, et participe à la qualité finale de l’objet.
     

Environnement économique

    La plupart des artisans lunetiers bénéficient aujourd'hui de structures semi-industrielles leur permettant de réaliser de petites séries tout en se positionnant sur du haut de gamme. Ils peuvent en outre miser sur le design en développant un vrai savoir-faire et en utilisant des logiciels de 3D ou en faisant appel à des bureaux d'études et de design.

    Peu de lunetiers sont spécialisés dans l'écaille, ainsi que dans la corne.

Formation

    Aucune formation diplômante spécifique n’est dispensée pour les lunetiers. Les techniques de travail peuvent néanmoins être abordées dans les domaines spécifiques tels que coutellerie, joaillerie ou marqueterie. Le lunetier sera néanmoins amené à compléter son apprentissage par un BTS d'opticien lunetier.
    L'Association des Meilleurs Ouvriers de France Lunetiers propose des formations à Morez sur le prototypage de lunettes artisanales.