Marbrure sur papier
Description du savoir-faire
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L’art du papier marbré est originaire du Japon. Dès le XIIe siècle, on y fabriquait les suminagashi ou les « encres flottantes », ancêtres des papiers marbrés modernes, en laissant tomber des gouttes d’encre sur un bain d’eau et en y appliquant ensuite une feuille. Les feuilles ainsi décorées servaient de support à la calligraphie de poèmes mais aussi pour les documents officiels, car le motif du fond compliquait la tâche d’éventuels falsificateurs.
Dans l’empire ottoman, cette technique fut adaptée au goût local en employant des couleurs plus vives. Pour mieux contrôler les motifs, on épaississait l’eau en y diluant un peu de gomme adragante, et les encres flottantes étaient des gouaches ou des pigments broyés. L’« ebru » ou « art du nuage » y désignait la marbrure sur papier. Là encore, le papier marbré servait beaucoup de support à des calligraphies de poèmes ou de documents officiels.
Lorsqu’elle arrive en Europe, c’est surtout sa valeur décorative qui fait le succès de la marbrure. À partir de l’âge baroque, le papier marbré est employé dans des contextes assez voisins du papier dominoté : reliure, tabletterie, décoration.
L’appellation de « papier marbré » viendrait d’un relieur de Louis XIII, M. Ruette, qui aurait eu l’idée d’employer cette technique pour imiter sur papier des motifs de marbres. Des innovations propres à chaque marbreur ont enrichi le métier à toutes les générations, comme ce fut le cas à la fin du XVIIe siècle quand Lebreton parvint à utiliser des couleurs d’or et d’argent en plus de celles qui composaient la palette traditionnelle. Mais pour l’essentiel, le procédé a peu varié depuis cette époque. -
Les marbreurs contemporains continuent à créer de nouveaux motifs en variant les textures et les procédés. Certains d’entre eux savent également reproduire des styles de marbrés anciens, qui servent alors pour la restauration de reliures.
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Le principe de la marbrure est celui de l’empreinte par transfert.
Pour fabriquer le papier marbré, l’artisan remplit une cuve large et peu profonde avec de l’eau épaissie par une gomme hydrosoluble qui permettra aux couleurs de flotter en surface. La matière épaississante la plus anciennement employée est la gomme adragante, mais de nos jours, on utilise fréquemment la gomme de guar, la lichen carragaheen, issue d’une variété d’algue marine (le chondrus crispus), ou tout simplement de la méthylcellulose.
Ensuite, le marbreur dépose, sur ce bain, des gouttes de peinture à l’huile ou alkyde diluée à l’essence qui peuvent être de différentes couleurs. Il peut aussi utiliser des peintures à l’eau. Dans ce cas, il doit d’une part, ajouter un corps gras, le fiel de bœuf autrefois naturel mais aujourd’hui synthétique, qui servira d’agent de flottaison et, d’autre part, préparer le papier en y étalant à l’éponge une solution d’alun qui permettra la fixation des couleurs. Les gouttes s’étalent à la surface du bain, et pour obtenir les différents motifs, le marbreur les déforme en utilisant des pinceaux plats, des peignes (baguettes de bois plantées de clous), des pointes... Ensuite, il pose la feuille de papier sur le tout.
Les couleurs qui flottaient sur le bain imprègnent la feuille qui est ôtée délicatement, puis rincée avant d’être mise à sécher.
La façon de déposer les gouttes, puis la façon de les travailler permet d’obtenir différentes familles traditionnelles de motifs : le marbré proprement dit (qui imite plus ou moins la pierre du même nom), l’Annonay, le zigzag, la plume de paon, l’œil de chat, le peigné (large, fin, ondulé coquille ou chevron), le marbré à fleurs, à fleurons, à tourniquets, le marbré d’Allemagne, l’agate, le placard, le montfaucon, le caillouté…
Environnement économique
Les papiers marbrés à la main sont devenus rares et leur clientèle est plus restreinte, du fait de leur prix élevé à la feuille. La marbrure sur papier s’est mécanisée à la fin du XIXe siècle. Dans le procédé Putois, inventé en 1900, une machine imite les mouvements variés de la main du marbreur. Ces papiers mécaniques complètent la gamme des papiers marbrés sur le marché, approvisionnant une consommation courante. Ils sont surtout destinés à une clientèle de débutants dans les arts graphiques ou au budget restreint.
Le débouché principal pour la marbrure à la main reste la reliure artisanale, mais certains marbreurs diversifient aussi leur offre en proposant de petits objets recouverts de papier marbré : boîtes, accessoires d’écriture, abat-jour… Beaucoup d’ateliers de reliure produisent eux-mêmes leur propre papier marbré en fonction des besoins, ce qui permet d’adapter la marbrure au reste de la reliure et au contenu du livre. Les marbreurs contemporains continuent à créer de nouveaux motifs en variant les textures et les procédés. Certains d’entre eux savent également reproduire des styles de marbrés anciens, qui servent alors pour la restauration de reliures. En raison du caractère restreint du marché, la plupart des marbreurs exercent la marbrure parmi d’autres activités traditionnellement peu éloignées : ils sont aussi relieurs, artistes, dominotiers, décorateurs, etc. On recense cependant encore moins d’une dizaine de marbreurs professionnels spécialisés dont l’activité est entièrement dédiée à la marbrure.
Formation
Il n'existe pas de diplôme pour se former à la marbrure sur papier. Des stages d’initiation à l’art du papier marbré sont proposés par les professionnels eux-mêmes.