Marqueterie de paille
Description du savoir-faire
-
La marqueterie de pailles a connu un véritable essor au XVIIe siècle pour atteindre son apogée au XVIIIe siècle. Cette technique d’ornementation réapparaît dans les années 1920 avec les décorateurs André Groult et Jean-Michel Franck. Ce regain d’intérêt ne dure pas et ce n’est qu’avec l’implication de Lison de Caunes dans cet artisanat d’art qu’est survenu un renouveau du métier.
-
La paille utilisée en marqueterie peut être de blé, de seigle, d’orge ou d’avoine. Elle présente des qualités indéniables pour le travail de marqueterie. En effet, sa surface extérieure est formée d’une fine pellicule de silice qui non seulement la rend imperméable et imputrescible mais lui donne également un aspect lisse et brillant. Sa surface intérieure est, au contraire, poreuse et fibreuse facilitant ainsi son encollage.
Bien qu’elle offre une large gamme de tons à son état naturel, la paille peut être teintée pour augmenter la palette des couleurs et disposer notamment de couleurs vives. -
Selon la définition de Pierre Ramond, « la marqueterie est l’art d’ornementer des surfaces avec des placages de différentes substances minérales, animales ou végétales. Ceux-ci après avoir été découpés suivant le tracé d’un motif décoratif sont assemblés, puis appliqués par collage sur le support qui doit être décoré ».
En marqueterie de paille, la technique mise en œuvre qui fait intervenir découpe et collage, simple dans son principe, exige minutie, précision et patience.
Le fétu de paille est d’abord fendu dans le sens de la longueur au moyen d’un fendoir, outil présentant des trous bordés de lames et dans lesquels on glisse un brin de paille pour obtenir plusieurs fins filets. Il peut aussi être incisé avec l’ongle ou au cutter. Les filets de paille sont ensuite aplatis au marteau à plaquer ou même au fer à repasser afin d’écraser les fibres et ce, pour obtenir une matière amincie et parfaitement plane.
La paille est ensuite coupée selon les dimensions et les motifs prévus puis, collée parfois directement sur le support définitif généralement en bois ou, le plus souvent, sur un support en papier. Les brins de paille de même couleur sont alors collés bord à bord pour former une planche. Le tube de paille étant tronconique, le filet obtenu est plus étroit à une extrémité qu'à l'autre. Les fétus doivent par conséquent être collés tête-bêche afin d’éviter de produire des interstices entre les filets et afin de recréer une verticalité visuelle. Muni d’un cutter ou d’un scalpel, le marqueteur découpe dans la planche ainsi réalisée différents morceaux en tenant compte du sens du fil de la paille. Pour créer les motifs, il fixe ces morceaux à la colle de relieur en les appliquant délicatement au plioir tout en exerçant une pression uniforme sur la paille afin de ne pas la marquer. Le décor final est ainsi composé petit à petit sur le support définitif.
La réalisation de certains motifs nécessite de superposer les planches avant la découpe. Recouvertes d’un papier-calque sur lequel est tracé le décor et enserrées entre deux contre-plaques, les planches superposées sont découpées simultanément. Cette technique, particulièrement délicate avec la paille, permet de découper plusieurs épaisseurs à la fois dans le but de reproduire le décor ou bien de découper en même temps le fond et le motif qui y sera incrusté. Chaque élément est ensuite dissocié de la planche puis assemblé au décor. Cette technique est directement issue de la technique de marqueterie Boulle.
Au cours du travail de collage, le marqueteur ôte les éventuels surplus de colle au moyen de ouate de coton humectée avec de l’eau ou de la salive. Pour parachever le nettoyage et intensifier l’aspect brillant et satiné de la paille, l’ouvrage peut être frotté à la peau de chamois. En finition, la marqueterie ne sera pas vernie mais plutôt cirée dans le sens du fil de la paille.
Véritable moire végétale, incroyablement scintillante, la paille permet notamment de réaliser des compositions monochromes dont la subtilité des détails et des effets visuels dépend simplement de la façon dont les fibres sont placées. Ces compositions révèlent la luminosité naturelle du matériau mis en œuvre.
Environnement économique
Aujourd’hui, on estime à moins d’une dizaine le nombre de professionnels spécialisés dont l’activité est presque exclusivement dédiée à la marqueterie de paille. En revanche, plus d’une centaine de professionnels aux activités variées telles que l’ébénisterie, la marqueterie, la tabletterie ou l’encadrement utilisent la paille de façon ponctuelle pour les besoins d’une réalisation particulière.
Le marché est très réduit en raison du temps et du coût que nécessite une réalisation. Il se répartit entre la création et la restauration de pièces parfois très anciennes. Les commandes émanent d’architectes ou de décorateurs ainsi que d’une clientèle de particuliers amateurs.
Formation
Formation initiale
Il n'existe pas de diplôme pour ce savoir-faire ; aucune formation initiale n’est dédiée à la marqueterie de paille. En revanche, il existe des formations en marqueterie de bois qui comprennent souvent une initiation au travail de la paille.
Niveau 3
- CAP Arts du bois option marqueterie, 1-2 ans.
Niveau 4
- FMA Formation métiers d’art du bois, 3 ans.
Niveau 6
- DN MADE Objet, 3 ans.
- DN MADE Patrimoine, 3 ans.
Formation professionnelle continue
Divers stages d’initiation ou de perfectionnement à la marqueterie de paille sont proposés par des professionnels.