Plumasserie

Rareté modérée
Formation de petit flux
Rareté ou réglementation de la ressource
Matériau d'origine animale (hors cuir)
Le plumassier transforme des plumes d’autruche, de coq, de faisan, de dinde, d’oie ou autres, en accessoires ou éléments de costume pour le monde du chapeau, du spectacle ou de la haute couture.

Description du savoir-faire

  • Matière naturelle utilisée depuis l’Antiquité, la plume est présente dans toutes les cultures et civilisations symbolisant l’appartenance à un clan, la puissance, la virilité, la vaillance au combat mais aussi le pouvoir, la souveraineté, la justice, le rang social, etc.

    En France, on la retrouve sur les coiffures militaires et les couvre-chefs masculins. À partir du XVIIIème siècle, elle devient un élément de garniture très prisé dans la mode féminine, marque de raffinement et d’élégance, et orne notamment les chapeaux de la reine Marie-Antoinette créés par sa marchande de modes Rose Bertin ou ses coiffures réalisées par son coiffeur personnel, Léonard. Elle ne cessera d’être employée dans la parure provoquant un véritable engouement à la Belle Époque, agrémentant les tenues et coiffes des Années Folles, puis, dans une moindre mesure, garnissant chapeaux, bijoux, accessoires de mode et vêtements au cours des décennies suivantes.
    Également indissociables de l’univers du music-hall, les costumes et accessoires en plumes ont, dès le début du XXème siècle, paré les danseuses et meneuses de revues dont les grandes figures telles que Mistinguett, Joséphine Baker ou Zizi Jeanmaire. Confectionnés à partir de plumes variées et colorées, les boas, couronnes et coiffes spectaculaires, gigantesques traînes, éventails démesurés, ont ainsi toujours participé aux fastes des revues, comme en témoignent notamment les dessins d’Erté (1892-1990).

    Les plumes ont aussi servi de matière première dans le domaine décoratif. On peut notamment encore admirer des tableaux religieux datant du XVIème siècle réalisés en mosaïque de plumes, technique répandue dans la civilisation précolombienne et particulièrement dans l’art aztèque. En Europe, les plumes étaient parfois employées en élément de décor dans l’ameublement et pouvaient par exemple coiffer richement les dais des souverains. Des compositions décoratives réalisées en plumes pouvaient aussi reprendre les peintures représentant des natures mortes de fleurs, d’oiseaux et d’insectes.
    Aujourd'hui on la retrouve également dans le milieu du design sur des meubles, des tableaux , etc.

  • Traditionnellement lié au monde du spectacle et à la haute couture, pour la fabrication de tenues ou d’accessoires, la plumasserie s’est développée ces dernières années avec des réalisations de décoration intérieure, de bijouterie, des créations artistiques et des activités d'ornementation et d'ennoblissement.

  • La plume est un matériau qui ne peut être reproduit dans une matière synthétique, en raison de sa complexité structurelle. Les plumes utilisées sont d'origine naturelle et les plumassiers, attachés à la protection des oiseaux, privilégient donc des sources responsables.
    La majorité des plumes provient d’élevages de volailles destinées à l’alimentation — poules, coqs, oies, pintades… — ou de la mue naturelle. Toutes les espèces peuvent être utilisées à condition de respecter la législation en vigueur, souvent exigeante : selon le niveau de protection de l’espèce, plusieurs documents peuvent être requis pour une seule plume.
    Ainsi les plumes issues d'oiseaux de chasse sont rarement employées, car leur provenance est souvent difficile à vérifier. Pour les plumes issues d'élevages, il n'existe pas de restriction officielle pour les questions sanitaires, mais les plumassiers évitent naturellement d'utiliser des plumes provenant d'animaux malades afin de prévenir tout risque de contamination.
    Les espèces protégées — comme certains perroquets, faucons, grues cendrées, autruches, faisans ou paons spécifiques — sont soumises à des réglementations strictes, notamment par la Convention de Washington (CITES), qui encadre le commerce international. L'utilisation des plumes peut être interdite ou n’être autorisée que sous permis CITES. En parallèle, la France possède une législation régissant l’usage et le commerce des plumes sur son territoire. Ces réglementations évoluent régulièrement selon les besoins de conservation des différentes espèces.
     

  • Héritiers d’un savoir-faire multi-séculaire, les plumassiers reproduisent les gestes minutieux et les techniques spécialisées qu’ils associent à leur créativité et aux tendances de la mode pour inscrire la plume dans l’ornement contemporain.

    Si le savoir-faire du plumassier n’a que très peu évolué au fil du temps, il s'est néanmoins enrichi en intégrant de nouvelles techniques, tirant parti des technologies modernes et par la collaboration avec d'autres métiers d'art. Pour autant, son outillage de base ne s’est pas modifié. Il se compose d’un couteau à parer, tranchant et bien affûté, d’un couteau à friser à lame non tranchante, d’une pince pour saisir les plumes et de ciseaux.

    La plume est constituée du calamus, partie implantée dans la chair de l’oiseau et couramment appelée le culot, d’une hampe, arête centrale couramment appelée la côte, comportant des barbes elles-mêmes dotées de barbules s’accrochant aux barbes voisines et les maintenant solidaires les unes des autres.

    Les plumes offrent une palette incroyable de couleurs, de formes et de textures. Pour chaque pièce réalisée, un travail de préparation et de sélection des plumes est indispensable. Les plumes brutes sont d’abord nettoyées à l’eau savonneuse afin de les dégraisser et de les débarrasser de leurs impuretés puis rincées à l’eau claire. Ensuite, elles peuvent être teintes au moyen de teintures à tissus ou bien décolorées ou blanchies ou encore brûlées (trempées dans une solution basique afin de supprimer les barbules). Une fois séchées, les plumes sont passées au dessus d’une source de vapeur afin de les déployer, de leur redonner volume et souplesse, d’épanouir leurs barbules et de raccrocher leurs barbes.

    L’art de façonner la plume nécessite une connaissance approfondie de la matière, les plumes étant choisies une à une pour créer les effets recherchés.

    La sélection des plumes est une tâche primordiale qui fait appel au sens de l’observation et à  effet, toutes les plumes d’un oiseau sont par nature différentes tant au niveau de leur couleur, de leur motif que de leur texture, de leur taille et de leur inclinaison liée à leur implantation sur l’oiseau. Autant que possible, le plumassier privilégie les couleurs naturelles, bien qu'il soit possible de teindre les plumes en particuliers pour étendre les nuanciers ou imiter des plumes d'oiseaux exotiques protégés.

    Les trois techniques fondamentales en plumasserie sont le collage, la monture et la couture. Dans le passé, s’y ajoutait le tissage. En fonction de la pièce réalisée, le plumassier choisit de mettre en œuvre une seule ou plusieurs de ces techniques. Associées à la connaissance des plumes et de leur façon de réagir au façonnage, les différentes techniques de la plumasserie permettent de servir la créativité et d’atteindre l’effet recherché pouvant porter aussi bien sur la texture, sur le volume que sur un motif.

    La technique de la monture permet de réaliser piquets, plumets et pompons de plumes ou de barbes. Elle consiste à assembler au fil métallique ou de coton différents éléments autour d’une tige (fil rigide métallique, côte d’une plume…) en pratiquant le « tourner ». Pour les montures fines composées de barbes de plumes ou de plumes à la côte fine, le fil à enrouler est maintenu entre les doigts de la main droite afin de lui faire subir une certaine tension. Ce même fil est pris entre le pouce et l’index de la main gauche, avec la tige que l’on fait tourner rapidement de gauche à droite tout en exerçant un serrage du fil. De cette manière, le fil s’enroule en spirale autour de la tige de façon à maintenir durablement les éléments assemblés.

    Lorsqu’il réalise des garnitures plus imposantes, le plumassier maintient les éléments dans la main gauche et tourne le fil de la main droite dans un mouvement de moulinet.

    Cette technique du « tourner » est également utilisée pour réaliser des moules en ouate de coton qui seront recouverts de plumes ou pour les finitions en habillant la tige d’une couche régulière de matière (fil de rayonne, de coton ou de soie, ruban de papier, gutta…) sur toute sa longueur. Cette technique est le « guiper ».

    Le collage permet de recouvrir en totalité ou partiellement un support rigide ou souple. Les plumes peuvent être collées directement sur la pièce à ennoblir mais aussi sur des « minoches ». Ces petits éléments étaient typiques de la production des ateliers de plumasserie, confectionnés dans un tissu de soutien ou en feutrine, souvent en forme de goutte ou ovale et servant d’éléments de garniture, mais ils sont aujourd'hui peu employés. Entre le pouce et l’index, le plumassier tient le couteau avec lequel il coupe de façon nette la côte de  en maintenant la plume sur la lame du couteau et sous le pouce, il positionne une pointe de colle sur l’envers ou sur l’endroit de la plume en sa base. Il peut aussi encoller toute la surface de la plume en étirant la colle au moyen de son couteau. Il pose ensuite la plume sur le support à recouvrir. Les plumes peuvent être collées en aplat (sur l’endroit de la plume), en relief ou à la « retroussette » (sur l’envers de la plume), côte à côte, l’une sur l’autre, en quinconce, etc. L’avancement du travail et les sens de collage sont déterminés selon l’effet visuel et/ou de texture recherché et doivent s’adapter à la forme de la pièce.

    Les plumes peuvent être cousues sur un support textile ou en franges sur un ruban ou un biais de tissu.

    Le plumassier peut aussi fabriquer différents types de boas. Pour les boas d’autruche, il "décôte" les plumes d’autruche et les dispose sur un métier qui se présente sous la forme d’une planche en bois présentant des rangées de clous séparées par un espace sur toute la longueur du métier. Les plumes décôtées sont réparties de chaque côté de cet espace sans clou dans lequel le plumassier insère un gros fil de coton et des plumes de marabout parées destinées à cacher le montage. Les différents éléments sont ensuite assemblés au point zig-zag au moyen d’une machine à coudre munie d’un pied de biche adapté. Le boa encore plat et en arêtes de poisson est alors « frimaté » (tourné au dessus d’une source de vapeur). Il devient ainsi cylindrique et se réduit en longueur d’un tiers. Pour les boas "chandelles" réalisés en plumes déchirées d’oie, le plumassier utilise un outil comportant deux bobines dont les fils dévidés vont emprisonner les plumes pour les assembler. Pour les boas "papillons" en plumes de dinde ou pour les boas de coq, le plumassier insère un fil dans la côte de chaque plume puis tourne le boa en le maintenant aux deux extrémités pour lui donner son aspect final.

    Différentes techniques de façonnage peuvent être utilisées pour modifier l’aspect naturel d’une plume.

    Le plumassier peut ainsi parer la côte des plumes, redresser les plumes ou les crosser afin de les courber en exerçant de légères pressions le long de la côte avec le couteau à friser, les ébarber (c’est-à-dire ôter les barbes de la côte), découper les barbes, les friser, les nouer entre elles pour allonger les plumes, etc.

    Aux techniques traditionnelles se sont ajoutées les techniques modernes : sérigraphie et autres modes d’impression, utilisation du laser pour brûler les barbules suivant un dessin déterminé, etc.

    Les possibilités de mise en œuvre de la matière sont infinies.

Environnement économique

    Ce métier est resté très féminin. Le nombre de plumassières parisiennes est passé de 425 en 1919, à 88 en 1939 et 5 en 1980. 
    Ainsi, dans le domaine du spectacle vivant, il y a une vingtaine d’années, une société telle que la Maison Février (ancienne SPPN), spécialisée dans la plumasserie pour spectacles, comptait 28 employés. Rachetée par le Moulin Rouge en 2009, elle en compte actuellement moins de dix. Cette diminution des effectifs est due à la baisse du nombre de revues. Auparavant, les cabarets proposaient de nouvelles revues tous les ans, aujourd’hui, les établissements de music-hall font durer leurs spectacles : le Moulin-Rouge a gardé onze ans la même revue. En 2022, le Lido a tenu sa dernière revue à plumes. Au côtés de la Maison février, la société Marcy est également pour la confection haut de gamme et le music-hall.
    Dans le monde de la mode, l'art de la plumasserie se poursuit au sein des Métiers d'art de Chanel : parmi les ateliers réunis au 19M, la Maison Lemarié référence incontournable de la haute couture, intègre désormais la Maison Légeron, spécialisée dans la fabrication de fleurs artificielles en soie et le travail de la plume.
    Parallèlement à ces maisons, des professionnels exercent en tant que créateurs indépendants pour le secteur de la mode, de l'ameublement et de la décoration intérieure, etc.

Formation

    Formation initiale

    Niveau 3
    - CAP fleuriste en fleurs artificielles, 2 ans.
    - FCIL arts de la mode, 1 an.

    Formation professionnelle continue

    Le CAP peut être préparé dans le cadre de la formation professionnelle continue. Des formations non diplômantes, d’une durée variant de deux jours à dix mois ou des cours à la semaine permettent de suivre une initiation, une formation complète ou un perfectionnement dans les techniques de dessin, la création de modèles, le choix des plumes, etc.