Rocaille

Rareté élevée
Absence de diplôme ou certification
Absence de formation
Faible nombre de détenteurs
Pierre / matériau d'origine minéral
Le rocailleur associe les techniques de la maçonnerie et celles de la décoration. Il crée, préserve ou restaure des éléments d’architecture rustiques – rambardes, kiosques, bancs… – en faux bois, faux rochers, mais aussi des bassins en ciment armé.

Description du savoir-faire

  • L'art de la rocaille est un art rustique populaire qui remonte à l'invention du ciment, vers 1824, et qui restera en vogue jusqu'en 1920. 

    La rocaille trouve son inspiration dans l'agencement des éléments d'architecture rustique taillés dans la pierre des villas romaines et des jardins de la Renaissance dont le remarquable "Appenin" de Jean de Bologne. La Renaissance évolue vers le Style Rocaille qui s'étend alors à tous les arts décoratifs; "Le Bosquet des Rocailles" de Le Nôtre à Versailles en est un ouvrage majeur. La fin du XVIIIème siècle s'imprègne de littérature anglo-saxonne et du sentiment romantique de l'immensité de la nature visible dans l'aménagement plus naturaliste des paysages centré sur la contemplation et l'exotisme.
    Les rocailleurs au XIXème siècle bénéficient de ce goût pour le pittoresque et des procédés anciens de rusticage lorsqu'ils commencent à travailler avec le ciment.
    Dès son invention en 1824, le ciment Portland, mélange de chaux et d'argile, permet une mise en œuvre rapide et, outre sa capacité d'adhésion sur des supports métalliques il possède de grandes qualités plastiques dont une facilité de façonnage. L'art de la rocaille est d'abord favorisé par le développement des résidences secondaires à la campagne et l'expansion des banlieues. Puis la ville se
    rustique à son tour et imite la campagne, notamment sous Napoléon III qui lance de grands plans d'aménagements des jardins publics comme le Parc des Buttes-Chaumont, le Bois de Vincennes ou le Parc Monceau à Paris. Dans toute la France, vers 1900, on retrouve ces décors de ciment, entre art pittoresque et art singulier, souvent signés de rocailleurs inscrits dans les annuaires professionnels comme rocailleurs- paysagistes, rustiqueurs, artistes-rocailleurs, cimentiers-rocailleurs, rocailleurs artistes en ciment, cimentiers-naturistes ou grottiers.
    Malgré son exportation dans le monde entier, la technique du ciment sculpté à la main ou moulé artisanalement pour la décoration de façade et de jardins décline aux débuts de la production industrielle de béton armé. Hormis dans quelques régions comme le Sud Est de la France et pour certaines œuvres remarquables de l'art brut telles que le "Palais idéal du Facteur Cheval", le savoir-faire disparaît après la Seconde Guerre mondiale pour réapparaître ces dernières années toutefois largement structuré par les techniques contemporaines de restauration et de préservation du patrimoine.

  • Le rocailleur associe les techniques de la maçonnerie à celles de la sculpture et de la décoration comme le modelage et le trompe l’œil. Il crée, préserve ou restaure des éléments d'architecture rustique en ciment armé - ponts, belvédères, fontaines, rambardes, bancs, façades ... - en faux bois ou faux rochers.

    Le rocailleur répond la plupart du temps à une commande, il étudie alors le cahier des charges puis observe l'environnement du futur décor pour soumettre ses propositions au commanditaire à l'aide de croquis qu'il aura réalisé.

  • Le rocailleur utilise principalement des matériaux d'origine minéral : du ciment, différents mortiers... mais il peut aussi avoir recours à des résines.

    Il intègre également des pigments naturels ou artificiels : ocre rouge, noir de fumée, sulfate de fer (jaune), oxyde de fer (bleu-vert), oxyde de cuivre (jaune) ...

  • Sur le site, le rocailleur commence son ouvrage en structurant le squelette de la forme souhaitée, pour cela il tord des tiges de fer à béton souples qu'il assemble avec du fil de fer. Puis il donne du volume à cette structure en la recouvrant d'une couche de ciment fibré ou d'une âme métallique. Trois couches successives de mortiers différents sont appliquées pour modeler l'expression globale de l'ouvrage. C'est la variation des proportions du mélange de sable à grains divers, de liant de ciment et d'eau qui apporte une bonne tenue aux enduits. Ce métier requiert une très bonne connaissance des propriétés des mortiers de ciment et du dosage des ingrédients selon l'ouvrage à réaliser et des temps de séchage à maîtriser en fonction de l'épaisseur du mortier, de l'exposition du soleil, du degré d'humidité dans l'air, des températures et du vent.

    Le décor est ensuite creusé dans le mortier encore frais. Selon le principe de la fresque, le rocailleur alterne séchage et rehumidification de la surface le temps de dessiner en creux des lignes et des matières à l'aide d'outils très variés : petites truelles, clous, langues de chat, couteaux ou balais de bruyère. Il rejoue ainsi les rainures d'une planche de bois, le nœud d'une branche, la rugosité d'un rocher ou d'une écorce.

    La mise en couleur se réalise sur une couche de base composée d'eau, de pigments et de chaux dans des proportions variables suivant le décor à effectuer. Le rocailleur met au point ses propres mélanges de peintures pour rejouer l'écorce jaune de l'aubier, le rouge de la brique, le gris de la pierre et imiter la patine du temps passé. Pour ceci, il mélange de l'eau ou du lait de chaux dilué à un fixateur, un hydrofuge et à un liant avec des pigments.

    Selon le type de chantier, le rocailleur peut être amené à terminer son travail par une pratique de fresque et de trompe l'œil. La technique de transfert d'images au poncif, dit Spolvero, consistant à appliquer de la poudre à travers des trous percés sur un carton portant le dessin préparatoire est généralement utilisée.

    Le rocailleur prends parfois plaisir à ajouter quelques détails plus ou moins cachés à son ouvrage comme une signature, un fossile, une tortue, un pinceau oublié ou un signe distinctif du commanditaire.

    La restauration est réservée à une rocaille dont les dégradations ne représentent pas plus de 10 à 15 % de la surface totale. Si une simple intervention de maintien en l'état peut se faire par une injection de résine, les travaux de sauvegarde du patrimoine sont plus complexes. Une partie d'un édifice historique est susceptible d'être détruite et reconstruite à l'identique quand le ciment n'est plus étanche et que la rouille attaque les fers et endommage la structure. Le rocailleur mobilise alors ses connaissances en histoire du rocaillage et du rusticage ainsi que des procédés actuels de préservation des bétons et des aciers. Afin de situer l'ouvrage dans son contexte historique - d'en comprendre le style, les couleurs et les procédés de construction d'origine - ou bien de trouver de l'inspiration, le rocailleur effectue un premier travail de documentation à la recherche de photographies anciennes, de croquis, dans des albums de familles, des titres de propriétés, aux archives ou en bibliothèque.

    Saisons après saisons, la mousse et le lychen viennent recouvrir partiellement la pièce et l'illusion n'en est que plus fantastique. Le travail du rocailleur est intimement lié au paysage et à l'architecture, son ornement doit s'y intégrer formellement mais également être solide et fonctionnel, à l'épreuve des passants, des conditions météorologiques et du temps.

Environnement économique

    Le métier de rocailleur est très rare et concerne une vingtaine de personnes qui exercent professionnellement en France, selon l’association des Rocailleurs de France. Ce professionnel exerce le plus souvent comme entrepreneur individuel ou micro-entrepreneur, inscrit comme artisan auprès de la Chambre de métiers et de l’artisanat.

    Plus généralement le métier s’exerce dans le champ de l’urbanisme, de l’aménagement des parcs et jardins, de la restauration du patrimoine et plus rarement dans le domaine de l’art contemporain. Les commanditaires de ce type d’ouvrage sont des propriétaires privés, des promoteurs immobiliers, des paysagistes, architectes, les services du patrimoine, de l’urbanisme ou des parcs et jardins des collectivités territoriales et régionales. Pour des raisons économiques, le rocailleur est rarement amené à se déplacer hors de sa région, excepté lors de chantiers importants permettant le défraiement des frais supplémentaires. Ses employeurs sont donc nécessairement rattachés à sa région.

    Cet artisan réalise des chantiers de restauration et parfois de création. Il peut exercer une activité de formation ou une autre activité professionnelle non liée à la rocaille pour compléter ses revenus. En effet, les chantiers de rocaillage sont irréguliers et représentent en moyenne quatre à cinq mois de travail dans l’année et sont parfois insuffisants. Le rocailleur exerce ses fonctions seul sur le site paysager, en extérieur, avec les contraintes liées aux conditions météorologiques et d’installation sur site qui en découlent. Il a la possibilité de travailler en atelier s’il réalise du mobilier de jardin mobile.

Formation

    Il n'existe pas de formation spécifique au savoir-faire de la rocaille mais les formations en maçonnerie et du travail de la pierre permettent d'acquérir des compétences fondamentales.

    Formation initiale

    Niveau 3
    - CAP maçonnerie, 2 ans

    Niveau 4
    - Bac Pro maçon, 3 ans
    - Bac Pro métiers de la pierre, 3 ans
    - Titre professionnel maçon du bâti ancien

    Niveau 7
    - Diplôme national supérieur d’expression plastique (DNSEP)
    - Diplôme de l'École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, (ENSAD)