Teinture à l’œil
Description du savoir-faire
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La teinture textile existe depuis la Préhistoire à partir de colorants naturels et s’est développée à partir de l’Antiquité avec l’apparition de nouveaux colorants : pourpre, indigo… permettant des teintes plus vives et résistantes. A cette époque, les colorants proviennent de plantes, d’animaux ou de minéraux.
Au Moyen-Âge se structure une corporation de teinturiers, organisée en catégories selon les couleurs travaillées et les types de fibre utilisés. Au fil des siècles, l’activité de teinture fait l’objet de plusieurs réglementations, délimitant des distinctions avec les autres professions : tapissiers, drapiers, etc. Des ordonnances, notamment celle de Colbert en 1669 et l’Instruction sur les teintures de 1671, établissent une hiérarchie des productions : aux étoffes de qualité supérieure seront réservées les productions de « grand et bon teint », garantissant des couleurs vives et résistantes ; tandis que le « petit teint » est destiné aux étoffes de qualité inférieure.
A partir du XVIIIe siècle, les colorants naturels sont remplacés petits à petits par des colorants de synthèses selon les avancées de la chimie.En 2021, la teinture au pastel en pays de Cocagne a été inscrite à l’inventaire français du Patrimoine Culturel Immatériel.
Sources :
Musée des tissus, Les colorants, toute une histoire, dossier pédagogique https://www.museedestissus.fr/attachment/2020/07/Y1zxOvKPVLPoN-9HEHsRbucfBkuFsb.pdf
Marguerite Martin, Pour des couleurs plus solides ? Transgression des règlements et diffusion de l’indigo dans la teinture des étoffes de qualité intermédiaire au 18e siècle, 2019, Dix-huitième siècle, 51(1), 141-158. https://doi.org/10.3917/dhs.051.0141 -
La teinture artisanale se distingue des procédés industriels par son adaptation à des besoins spécifiques, notamment ceux de la haute-couture avec les teintures à la pièce et ceux de la tapisserie de haute et basse lisse avec la teinture sur écheveaux.
L’artisan teinturier assure la régularité des teintes et la durabilité des couleurs dans le temps en adaptant précisément ses choix de dosage et de cuisson.
Il teint les fibres, par écheveaux, qui seront ensuite utilisés par d’autres professionnels (lissiers, tisserands, designers textile…), des tissus ou des pièces déjà tissées et confectionnées. -
Le teinturier travaille à partir de colorants en poudre issus des trois couleurs primaires. Selon les besoins, il peut avoir recours à des colorants naturels ou synthétiques.
Les fibres sont principalement de la laine ou du coton, mais elles peuvent aussi être de la soie, du lin ou d’autres fibres végétales, ainsi que les fibres synthétiques.
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La teinture est une technique de coloration par imprégnation des substances colorantes naturelles ou synthétiques dans les fibres textiles.
Le travail est réalisé à la main. Le teinturier applique le procédé de la teinture par épuisement (ou en discontinu), procédé au cours duquel la teinture réagit avec les fibres textiles et le bain de teinture.
L’artisan met en œuvre le principe de la combinaison des trois couleurs primaires en ajoutant progressivement, par petites doses, les colorants. La maîtrise du dosage à l’œil et du temps de cuisson permet d’obtenir la teinte souhaitée et une palette presque infinie. La composition de la teinture doit également s’adapter à la matière qui va l’absorber : en effet chaque matière réagit différemment, de même que sa teinte naturelle peut influencer la couleur finale.
Le teinturier prépare le bain de teinture contenant le colorant et des produits auxiliaires qui faciliteront la pénétration et la fixation du colorant dans les fibres textiles. Pour cette préparation, le teinturier doit tenir compte du rapport de bain, c’est-à-dire le rapport de poids entre la matière textile sèche totale et la solution totale. Au moyen de cuillères (outils de dosage), de casses et de cassins (louches utilisées pour la dilution des colorants), il met au point son mélange de poudres colorées et l’introduit dans l’eau contenue dans la barque (cuve ouverte en inox) ou dans une cuve fermée. La température de l’eau dépend de la composition textile et des ingrédients de la teinture.
Les fibres textiles ou le tissu sont ensuite immergés dans cette solution aqueuse et seront agités pendant toute la phase de teinture. Dans un premier temps, le colorant imprègne la surface des fibres puis, il migre dans les fibres elles-mêmes. Le colorant pénètre naturellement les fibres hydrophiles. En revanche, la pénétration dans les fibres hydrophobes doit être améliorée par une adjonction de sel afin de réduire les forces électrostatiques qui se développent à la surface des fibres empêchant alors une pénétration uniforme du colorant. Elle est aussi facilitée par la température du bain. Hormis pour la laine, dans le cas des autres fibres textiles, on parle de température de transition vitreuse qui correspond à la température à partir de laquelle les molécules de la fibre immergée dans le bain de teinture commencent à vibrer et deviennent accessibles aux molécules du colorant.
Pendant toute l’opération de teinture qui peut durer de quelques minutes à quelques heures, le teinturier contrôle la température du bain.
Il vérifie régulièrement la « montée » de la couleur sur les fibres ou le tissu. Bien qu’il ait procédé à des essais sur échantillons avant de teindre la pièce de tissu, il peut être amené à réajuster la tonalité en ajoutant des colorants en cours de teinture. Lorsqu’il juge que la couleur recherchée est atteinte et qu’elle est homogène (la pièce de tissu ne révélant aucune variation de nuance, on parle aussi de teinture à l’unisson), il extrait la matière de la barque, la rince et l’essore (manuellement ou en machine). Enfin il tend le tissu minutieusement sur un cadre pour le laisser sécher.
Environnement économique
La teinture à l’œil bénéficie d’un regain d’intérêt pour les pratiques et colorants traditionnels. Cependant il y a peu d’entreprises dédiées à ce savoir-faire ; une grande partie des teinturiers sont intégrés aux manufactures de tapisseries ou ateliers de tisserand.
Formation
Formation initiale
Il n’existe pas de formation spécifique à la teinture à l’œil, qui s’apprend auprès de professionnels. Certaines compétences peuvent néanmoins être enseignées dans les formations de design textile ou de chimie.
Par ailleurs, le CFA des Manufactures nationales ouvrira à partir de septembre 2026, une formation « chef de projet teinture » en apprentissage.
Formation continue
Des formations courtes permettent de se former à la teinture, notamment la teinture végétale.