Travail de la nacre
Description du savoir-faire
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La nacre est utilisée depuis la Préhistoire, notamment pour la fabrication de perles, avant d’être employée pour la réalisation de divers objets, en particulier de prestige en raison de son aspect brillant. Son travail appartient au domaine de la tabletterie qui consiste à mettre en œuvre des matériaux durs d’origine animale ou végétale (bois, os, corne, ivoire, écaille, nacre...)
Le travail de la nacre s’est, en France, particulièrement développé à Méru. Cette petite ville picarde dans le sud de l’Oise est, dès le XVIe siècle, un important centre de tabletterie en lien avec Paris située non loin. La nacre y est employée pour la réalisation de petits objets utilitaires (manche de couverts, plaques de reliure, objets de jeu…) ou d’accessoires de mode (bouton, éventails, jumelles de théâtre…), que dans le domaine du placage et de la marqueterie (boîtes, tabatières, coffrets, mobilier…). Particulièrement utilisée au XIXe siècle, le travail de la nacre s’industrialise dans la région de Méru dès 1850. De nombreuses usines voient le jour notamment en boutonnerie qui en est le principal débouché.
Le travail de la nacre connaît son apogée vers 1900 avant un déclin continue et la fermeture des usines et ateliers jusqu’à la fin du XXe siècle. Les raisons en sont multiples, avec notamment les conséquences des guerres mondiales, les problématiques d’approvisionnements des matières premières, les concurrences étrangères et l’arrivée des matières plastiques.Sources :
Histoire de la tabletterie, Musée de la Nacre et de la Tabletterie, https://musee-nacre.fr/musee/histoire-de-la-tabletterie/
Le Gemmologue, Mieux connaître la nacre avec Benoit Guirlet, négociant spécialisé, par Marie Chabrol, 18 janvier 2021 https://legemmologue.com/2021/01/18/mieux-connaitre-la-nacre-avec-benoit-guirlet-negociant-specialise/ -
Le terme de « nacrier » est d’un usage récent, les fabricants d’objets en nacre étaient appelés tabletiers. Les métiers de la tabletterie consistent en la fabrication et la restauration d’objets de petite taille réalisés en matière rare et précieuse, d’origine naturelle, végétale ou animale. Certaines d’entre elles, comme l’ivoire ou l’écaille, sont protégées par la « Convention de Washington » sur la protection des espèces en voie d’extinction. La réalisation de ces objets luxueux et raffinés requiert un savoir-faire technique. Celles-ci ont souvent abouti à la spécialisation des artisans selon le type d’objets réalisés (boutonnier, brossier, décier, dominotier...) et souvent selon la matière dont ils sont constitués et dont le maniement est très spécifique (ivoirier, écailliste, nacrier…).
Le goût pour les objets en nacre se développe particulièrement au début du XIXe siècle sous l’appellation « articles de Paris ». Ces petits objets utilitaires étaient très prisés par la clientèle bourgeoise qui se les procurait autour du palais Royal.
Ainsi, la nacre est travaillée principalement pour fabriquer et désormais restaurer des petits accessoires et objets précieux tels que montures d’éventails, manches de couverts, carnets, bijoux, boutons et accessoires de mode, pièces de jeux, objets religieux ; enrichir le décor de meubles, boîtes et coffrets par incrustation suivant les techniques de la marqueterie ou par placage (ébénisterie, lutherie, packaging…) ; et mettre en valeur les coquillages eux-mêmes en les sculptant en bas-relief (nacres gravées, nautiles…) ou en les enchâssant dans des montures précieuses.
Le travail du nacrier commence d’abord et avant tout par la préparation de la matière et son débitage.
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La nacre est une matière particulièrement délicate à travailler. Cette substance calcaire irisée recouvre l’intérieur de certains mollusques (en particulier les huîtres perlières, les ormeaux, certains gastéropodes ou moules), dont la pêche est parfois réglementée localement.
Parmi les principales espèces utilisées, toutes issues des mers chaudes permettant d’obtenir une matière suffisamment dense et épaisse pour la travailler, on trouve :
- L’huître perlière blanche (pinctada maxima), dite aussi « franche », issue de l’océan Indien, de la mer Rouge ou du Pacifique d’un blanc profond et brillant. C’est la matière la plus utilisée par les nacriers.
- L’huître perlière grise (pinctada margaritifera), dite aussi « nacre noire ou nacre grise », que l’on trouve uniquement à Tahiti
- Le troca (trochus niloticus) de Nouvelle-Calédonie, Macassar ou Djibouti, une espèce de gastéropode assez courante dont la nacre, plus laiteuse, sera très largement utilisée en boutonnerie ;
- Le burgau (turbo marmoratus), utilisé en boutonnerie mais également pour d’autres articles de nacre, provenant essentiellement de l’océan Indien et du Pacifique.
- L’haliotide (haliotis) ou ormeau, dont la palette de couleurs est très variée (vertes, rouges, bleues…) et dont l’origine est également variée (Côte californienne, golfe du Mexique, Pacifique sud)
La nacre est secrétée par le coquillage en couches successives de plaques d’aragonite (une forme cristalline de carbonate de calcium), ce qui la rend dure et irisée (dû aux phénomènes d’interférence de la lumière), mais cassante. Le « nacrier », spécialisé dans sa transformation en objet d’art, saura la manier et la magnifier. Son savoir-faire réside notamment dans sa capacité à identifier les bonnes coquilles à travailler pour éviter les cassures qui peuvent ruiner le travail. Il sait par ailleurs parfaitement jouer des différentes couches de nacres, parfois de couleurs distinctes, pour réaliser des sculptures en camées.
La qualité de la nacre est établie selon sa densité, ses tons, mais également son « orient » c’est-à-dire sa brillance et son irisation.
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Le premier travail consiste à trier et sélectionner les coquillages en fonction de leurs tailles, leurs espèces, leurs qualités (parties friables, piqûres de vers, fêlures…), leurs épaisseurs…
L’utilisation d’une coquille commence par un écroûtage à la meuble pour supprimer les parties calcaires inutiles. Ils sont ensuite nettoyés pour faire apparaître la nacre qui sera utilisée. On peut ensuite les débiter à la scie à l’eau en fonction de la pièce à réaliser et de sa forme. Lorsque l’on réaliser des plaques l’écroûtage se fait à cette étape. Certaines techniques, moins connues, permettent également de redresser les nacres pour mieux les aplanir.
Les étapes suivantes dépendent des usages de la nacre. On peut la percer, la chantourner, la graver, la façonner, l’ajourer. En fonction de l’opération et du résultat attendu et voulu, différents outils sont mobilisés comme des meules (façonner), des scies, des limes (chantourner, ajourer), perceuse, outils rotatifs polyvalents (tels ceux dremel® pour percer et graver) ou outils à main (percer), ainsi que des burins et échoppes.
Les finitions sont nombreuses, là aussi en fonction du résultat attendu on peut poncer (à l’eau ou au papier), encrer, dorer, ou encore polir (au tampon, au tonneau, par application).
La principale difficulté du tabletier-nacrier est d’avoir suffisamment d’épaisseur ou de longueur pour travailler selon les projets. Il peut procéder au collage de plaques pour répondre à cet enjeu.
Le "boutonnier de nacre"
Son travail consiste à découper dans la nacre des rondelles, appelées « pions », au tour à découper à eau (tournant à 8000 tours/min) équipé d’une fraise. Ces derniers sont alors décapés dans un bain d’acide et d’eau chaude, poncés au sable et à l’eau puis « écroûtés », aplanis et mis à épaisseur, à la meule ou au lapidaire. Les pions sont alors calibrés selon leur épaisseur puis classés suivant leur diamètre grâce à un tamis. Les futurs boutons sont méchés pour leur donner une forme (cuvette, bourrelet…) par tournage à l’aide d’une mèche plate et profilée, étape communément appelée « méchage ». Les pions, toujours enserrés dans un mandrin, peuvent être gravés au tour à division en fonction des motifs désirés puis percés de deux ou quatre trous à la perceuse qui permettront leur fixation au vêtement : ce sont désormais des boutons. Les boutons barrette et boutons boule sont bombés grâce à une meule qui permet également de réaliser le « reparage » pour arrondir la face antérieure.
On retire ensuite les rayures des outils et on arrondit les arrêtes. Pour cela, un ponçage à la ponce et à l’eau suffit. Un travail de teinture peut être réalisé sur la nacre pour la colorer. Pour finir, les boutons sont polis dans un mélange d’acides puis à la sciure et à la pâte à polir afin d’accentuer leur brillance et révéler l’orient de leur nacre. Les boutons sont alors regroupés par « grosses », ensembles de 144 boutons, puis mis en sachets. Les boutons de premiers choix sont encartés, c’est-à-dire cousus sur des cartes cartonnées pour être vendus.
Environnement économique
Il existe aujourd’hui très peu d’artisans nacriers. La plupart travaille exclusivement pour l’industrie du luxe à laquelle ils fournissent des pièces en nacre : joaillerie, orfèvrerie, lutherie, art de la table... D’autres se sont spécialisés dans la fabrication de bijoux en nacre, de petits sujets, de tableaux.... Les nacriers interviennent en restauration de pièces anciennes dont la nacre doit être remplacée.
Les rares artisans nacriers ont souvent développé parallèlement des compétences dans le secteur plus général de la tabletterie, ce qui leur permet d’intervenir sur l’ivoire, l’écaille, les bois précieux etc. Le marché requiert aujourd’hui une certaine polyvalence.
L’approvisionnement en matière première est également un point sensible car les mollusques dont elle est extraite sont pour la plupart protégés, comme les ormeaux. Elle est également très sensible à la pollution du milieu marin qui peut altérer son orient. Le travail de certaines nacres est soumis à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) appelée également « Convention de Washington ». Mais toute la matière première n’est pas protégée et plusieurs coquillages à nacre tels que trocas (bien que de plus en plus réglementé) ou agoyas se trouvent encore en grande quantité.
Formation
Aucune formation initiale ni formation professionnelle continue spécifique n’est dispensée pour les nacriers et boutonniers. Les techniques du travail de la nacre peuvent néanmoins être abordées dans les domaines spécifiques tels que joaillerie, marqueterie ou orfèvrerie.