Une rencontre autour de la marqueterie de paille

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Marqueteur de pailles
paille, photo de l'atelier de Valérie Colas des Francs

Valérie COLAS DES FRANCS x Toshiaki KAMIYA - Une collaboration franco-japonaise

Deux personnalités : 

Valérie COLAS DES FRANCS, Marqueteuse de paille : 

Valérie Colas des Francs est une professionnelle des métiers d’art spécialisée dans la marqueterie de paille, un savoir‑faire rare qu’elle perfectionne depuis plus de vingt ans. Formée dans le cadre du programme Maîtres d’art- Élèves (promotion 1998), elle ouvre son atelier à Nemours en 2014 et crée des pièces contemporaines alliant lumière, finesse et modernité. Elle travaille aussi bien à la restauration de patrimoine qu’à la création sur mesure pour des décorateurs, des maisons de luxe et une clientèle internationale, explorant des domaines allant du mobilier aux bijoux.

La marqueterie de paille est un métier d’art français dont les origines remontent au XVIIᵉ siècle, né parallèlement à la marqueterie de bois. Cet artisanat, longtemps rare et peu enseigné, connaît un renouveau majeur durant la période Art déco, lorsque ce style remet en lumière l’esthétique graphique et lumineuse de la paille, favorisant ainsi son retour au premier plan des arts décoratifs.  Au XXᵉ siècle, quelques figures décisives contribuent à sa préservation et permettant ainsi de maintenir vivante cette tradition jusqu’au XXIᵉ siècle. Aujourd’hui, une nouvelle génération d’artisans dont Valérie Colas des Francs fait partie, participe activement au renouveau de la discipline. Ils développent une approche contemporaine de la marqueterie de paille, alliant restauration, création sur mesure et collaborations. 

Toshiaki KAMIYA, Marqueteur de paille 

Toshiaki Kamiya est un maître artisan japonais spécialisé dans la marqueterie de paille, ou mugiwara zaiku, qu’il pratique depuis 1991 avec la volonté profonde de préserver et transmettre cet art ancestral. Il représente la troisième génération de sa famille à perpétuer ce savoir‑faire, après son père et son grand‑père. Aujourd’hui, il forme deux apprentis afin d’assurer la continuité de cette tradition rare. Son atelier, Kamiya Mingei, est l’un des derniers lieux au Japon où cette technique d’une finesse exceptionnelle est encore pratiquée et enseignée. Il participe également à des expositions internationales, notamment en collaboration avec des artisans français, témoignant de l’universalité et de la modernité de cet art singulier.

Désigné comme artisanat traditionnel de la préfecture de Hyōgo, l’art de la marqueterie de paille possède plus de 300 ans d’histoire. Il aurait commencé lorsque Hanshichi, un voyageur d’Inshū, arriva à Kinosaki et se mit à décorer flûtes en bambou et toupies avec de la paille colorée pour financer son séjour. Avec le temps, la technique s’est perfectionnée, permettant de réaliser des boîtes et plaques votives, puis, à l’ère Meiji, des artistes renommés ont enrichi les motifs, faisant de ces pièces des œuvres très estimées. Aujourd’hui, la paille teinte orne encore boîtes en paulownia, papiers colorés, toupies ou cloches en argile.

Pour en savoir plus sur la technique japonaise : Tradition / Kamiya Folk Crafts Online Shop

photo de Toshiaki kamiya et valérie colas des francs

Histoire d’une rencontre  : 

Valérie profite d’une exposition réalisée par l’association des ateliers des Maîtres d’art et de leurs Elèves en octobre 2024 à Kyoto (dans le cadre de la Nuit Blanche), pour prolonger son séjour et partir à la rencontre de Toshiaki KAMIYA à Koshiaki (Toyooka, préfecture de Hyogo), berceau de la marqueterie de paille japonaise. Cette première rencontre est l’occasion d’échanges techniques et de découvertes.  Grâce à l’intervention d’une interprète et à l’utilisation d’outils, de paille et d’objets, Valérie est en mesure de présenter son travail. Chacun découvre que, bien que reposant sur un même principe (transformer des tiges de paille en motifs décoratifs), ces deux traditions se distinguent profondément par leurs matériaux (paille de seigle ou de blé), leur aspect (fragments ou longues tiges brillantes), leurs outils, leurs gestes et leurs esthétiques.

En retour, un second voyage conduit Koshiaki à Nemours, dans l’atelier de Valérie, où il découvre à son tour les spécificités de la « paille à la française ». Cette nouvelle rencontre leur permet d’envisager la suite de leur collaboration : exposer des œuvres réalisées ensemble.

Des créations nées de la rencontre 

C'est ainsi que naît un projet ambitieux, malgré les milliers de kilomètres et les différences culturelles qui séparent les deux artisans : les prémices d'une œuvre commune fondée sur le dialogue entre leurs savoir-faire respectifs.

Les premiers fruits de cette collaboration sont présentés au pavillon français de l'Exposition universelle d'Osaka en 2025, dans le cadre d'un événement organisé par l'association des Ateliers des Maîtres d'Art et de leurs Élèves. L'œuvre exposée témoigne de cette rencontre artistique : Koshiaki y interprète l'élément eau, tandis que Valérie donne forme à l'élément terre. Ensemble, ils esquissent les contours d'une création commune appelée à se développer au fil de leurs échanges.

Valérie COLAS DES FRANCS x Toshiaki KAMIYA

À la suite, une nouvelle œuvre à quatre mains est faite pour être présenté en France, à la galerie Galerie AD Luminem. Chaque artiste a travaillé une partie l’œuvre : l’un s’est inspiré de l’eau, l’autre de la terre et du végétal. Leur fusion donne naissance à une cascade mobile, dont les éléments s’assemblent et s’adaptent, jouant avec la lumière et l’espace.

Valérie COLAS DES FRANCS x Toshiaki KAMIYA

 

Des échanges techniques 

Les outils et les techniques de coupe

Les artisans japonais découpent la paille de blé en microfragments à l’aide d’outils ultraprécis, créant des motifs géométriques. En France, les outils s’adaptent à la rigidité du matériau, la paille de seigle, privilégiant des effets de lumière et des aplats.

La coloration de la paille

Au Japon, la teinture est rapide et légère, réalisée par l’artisan en quelques minutes pour des couleurs vives. En France, la paille est souvent teinte longuement par le céréalier, offrant des nuances profondes et durables.

Les colles et l’approche artisanale

Les Japonais utilisent une colle traditionnelle à base de noix de riz, translucide et souple. Les Français optent pour une colle blanche moderne, adaptée à des supports variés comme le mobilier ou les objets d’art.

Une philosophie commune, deux esthétiques distinctes

L’art japonais se distingue par sa précision géométrique et miniature, surtout à Kinosaki, dernier bastion de la tradition. En France, la marqueterie de paille, relancée par l’Art déco, mise sur des motifs rayonnants et une brillance naturelle, modernisée par des artisans contemporains.