Les enjeux de la transmission des savoir-faire rares

Enjeux
Transmission
Collectivité
Organisme de formation
Professionnels
Echelon Régional
Fanny Boucher et Marie Levoyet à Homo Faber en 2022, Photo Pozzoli
Quels leviers sont mobilisés dans les territoires ?
Fanny Boucher et Marie Levoyet à Homo Faber en 2022, Photo Pozzoli

À travers trois ateliers de réflexions organisés sur différents territoires ; Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Occitanie, Normandie, Centre-Val de Loire et Pays de la Loire, de nombreux acteurs de la formation, des territoires et de la culture ont partagé leurs expériences autour de la transmission des savoir-faire rares. 

Malgré la diversité des contextes, un constat commun s’impose : ces savoir-faire, souvent peu visibles et insuffisamment représentés dans les parcours de formation, nécessitent des approches spécifiques pour assurer leur pérennité.

Pour remédier au manque de visibilité de ces savoir-faire rares, des actions de communication, en particulier sur les réseaux sociaux, mais aussi des événements permettant de mettre différemment en lumière ces savoir-faire, doivent être développées pour les faire connaître du grand public.

Concernant la formation en tant que telle, comme toute formation dans les métiers d’art, les formats doivent bien évidemment laisser une grande part à la pratique, mais être plus souples dans leur construction : modules courts, coloration de diplôme, workshop, etc. Le manque de formateurs reste cependant une des principales difficultés ; les organismes de formation doivent identifier les détenteurs de savoir-faire rares qui pourraient intervenir dans les cursus ou participer au montage de nouvelles formations. Retrouver des détenteurs et détentrices de savoir-faire rares sur notre annuaire.

Si la documentation des gestes (vidéos, témoignages, captations numériques) est souvent présentée comme un outil essentiel pour préserver des techniques, sa mise en œuvre et son application dans la transmission restent complexes. Toutefois, à travers le travail de documentation, la démarche permet de verbaliser des gestes et des techniques souvent intériorisés par des années d’expérience des détenteurs et détentrices. Elle contribue ainsi à structurer une transmission, habituellement transmise de manière informelle.

Enfin, la coopération entre acteurs – organismes de formation, entreprises, institutions culturelles et collectivités – apparaît comme un facteur déterminant dans la réussite des actions (mutualisation des moyens, renforcement de la visibilité et de la légitimité des dispositifs, création de réseaux professionnels).

Documentation et captations des gestes

Principe : filmer, photographier ou décrire les gestes techniques.

Objectifs : 

  • préserver la mémoire des savoir-faire
  • servir d’outil de valorisation ou de médiation
  • servir de support pédagogique

Cette documentation s’accompagne nécessairement d’une contextualisation (mise en récit, prise en compte des conditions et environnement de travail).

Selon les territoires, plusieurs cas ont été présentés lors des ateliers de réflexions.

Captation numérique des gestes :

En Auvergne-Rhône-Alpes, par le Conservatoire des savoir-faire rares du Pilat au sein du Parc Naturel Régional du Pilat.
Le territoire du Pilat a un passé industriel textile marqué par cinq industries principales, dont le moulinage, le tissage et la broderie sur dentelle de Lyon. Ces savoir-faire ne disposant d’aucune formation et les détenteurs étant en majorité âgés, il s’agissait de pouvoir capter et conserver ces savoir-faire rares avant qu’ils ne disparaissent.

Découvrez cette bonne pratique

Documentation et mise en récit des savoir-faire :

En Occitanie, au sein de l’Université de Toulouse 2 – Jean Jaurès, le LISST - Centre d’anthropologie sociale, accompagne les acteurs (artisans, professionnels, associations, communautés…) qui souhaitent faire reconnaître un savoir-faire ou une pratique au titre du patrimoine culturel immatériel.

La problématique des certifications

Rappel : Les certifications comprennent les diplômes de l’Éducation Nationale (CAP, Brevets professionnels, Bacs professionnels, etc.) ainsi que des certifications déposées au Répertoire National des Certifications Professionnels (RNCP) : titre professionnel, CQP, CTM, etc.

La création de certification est lourde, particulièrement complexe au niveau administratif. Ainsi plusieurs organismes de formation ont développé comme bonnes pratiques : 

  • Adaptation de l’existant (coloration de diplômes ; mutualisation de certifications)
  • Accompagnement dans les démarches de certification : recours à des consultants externes, mise en place d’enquêtes auprès d’anciens apprenants
 a. L’adaptation de certifications

Dans le cadre de la formation initiale (scolaires et apprentis), deux mesures semblent particulièrement adaptées pour transmettre des savoir-faire rares.

La coloration de diplômes s’inscrit obligatoirement dans le cadre d’un diplôme, sous une forme d’une spécialité. La coloration repose sur un projet pédagogique intégré au référentiel du diplôme et aux programmes existants. Elle permet ainsi d’enrichir une formation professionnelle avec des savoir-faire spécifiques, sans créer de nouveau diplôme. Cette solution présente aussi l’avantage de conserver la reconnaissance nationale du diplôme préparé.

La mise en place de FCIL (Formation Complémentaire d’Initiative Locale) est une autre solution, adaptée à des besoins territoriaux. Coconstruites avec les entreprises locales, ces formations courtes – 1 an – font suite à un diplôme professionnel, pour apporter des compétences complémentaires. Le projet pédagogique n’a pas de cadre préétabli ; les activités et les compétences à acquérir sont définies en fonction des attentes exprimées par les acteurs économiques d’un territoire ou d’une filière. Cette souplesse permet de répondre rapidement à des besoins émergents ou à des spécialisations particulières.

Ces mesures relèvent de la région académique ; leur déploiement s’inscrivant dans la stratégie régionale de l’offre de formation professionnelle pilotée par les recteurs de région académique, avec l’appui des DRAFPIC, chargées de coordonner, accompagner et diffuser ces dispositifs.

Néanmoins si ces dispositifs permettent d’ouvrir des formations spécifiques, sans s’engager dans le processus long et complexe de création de certification ; leur déploiement sur le terrain requiert des ressources qui nécessitent souvent d’être développées. Notamment l’identification et la disponibilité de formateurs pour ces savoir-faire rares, les ressources pédagogiques correspondantes, un plateau technique adapté.

Ces démarches ont été mises en œuvre :

  • En Auvergne-Rhône-Alpes, avec la FCIL Ganterie déployée au lycée du Dauphiné à Romans-sur-Isère.
  • En Nouvelle-Aquitaine, avec la coloration des CAP et BMA broderie du Lycée Gilles Jamain de Rochefort pour inclure les techniques de la broderie d’or.

A savoir également qu’en Île-de-France, le CFA Métiers orphelins des Manufactures Nationales, mène des réflexions de colorations de diplômes pour certains métiers orphelins de formation.

b. L’ouverture de formation

Lorsque des diplômes ne sont pas dispensés dans l’offre existante, certains organismes de formation agissent pour ouvrir des sessions de formation de façon ponctuelle ou pour construire une offre pérenne. Généralement ces organismes s’appuient sur un besoin exprimé soit par les entreprises, soit par de futurs apprenants.

Ainsi, à Joué-lès-Tours, CMA Formation (centre de formation du réseau des Chambres de Métiers et de l’Artisanat) propose au sein de son CFA, un dispositif Métiers rares, permettant de former des apprentis à des CAP existants mais très peu ou plus dispensés sur le territoire national. La formation technique est assurée au sein des entreprises accueillant les apprentis. Ces dernières années le CFA a ainsi accueilli une apprentie en gravure héraldique.

En Normandie, le GRETA Portes Normandes, dans le cadre de la stratégie territoriale portée par l'Agglomération Seine-Eure, a assuré le montage d’un centre de formation, dans l’optique d’ouvrir entre autres un CAP Orfèvre option polisseur-aviveur à destination des adultes en reconversion.

Mais de la même manière que pour l’ouverture d’une FCIL ou d’une coloration de diplôme, de telles solutions nécessitent aussi la mobilisation de ressources pédagogiques parfois non existantes. Un travail conjoint avec les entreprises et ateliers doit alors être mené pour les créer.

Ces dispositifs rencontrent aussi un manque de visibilité, auprès des entreprises comme des potentiels apprenants. Par ailleurs, les faibles effectifs constituent un enjeu important pour leur pérennisation, dans la mesure où ils peuvent fragiliser l’équilibre et la viabilité des formations.

c. Développement de formats pédagogiques adaptés

Un autre levier aisément mis en place consiste à créer des formats courts. Ces formats, plus souples dans leur mise en œuvre, permettent d’adapter une offre existante aux contraintes des savoir-faire rares : petits effectifs, absence de référentiels, mobilisation ponctuelle de personnes ressources…

Les modalités peuvent prendre la forme de modules courts, de workshops, de formations en situation de travail – transmission sur chantier ; etc.

Ces formats sont illustrés notamment en Provence-Alpes-Côte d’Azur avec des ateliers itinérants autour de la pierre sèche. Ce format semble particulièrement adapté aux zones rurales.

 

Contenu conçu dans le cadre de Per Durare

Afin de faire émerger des solutions concrètes pour la préservation des savoir-faire rares, l’Institut pour les Savoir-faire Français sous l’impulsion de la Fondation d’entreprise AG2R LA MONDIALE pour la vitalité artistique, met à disposition de ceux qui souhaitent s’engager dans cette dynamique les ressources utiles pour avancer efficacement.