Fabrication d'éventails

Rareté élevée
Absence de diplôme ou certification
Absence de formation
Faible nombre de détenteurs
Multimatériaux
L’éventailliste assemble les feuilles et les montures. La feuille, partie supérieure de l’éventail, peut être réalisée dans des matériaux très variés : papier, tissu, dentelle, plumes… La fabrication et l'ornementation des montures (en bois, en nacre, en ivoire ou en Plexiglas) nécessitent la mise en œuvre de multiples techniques.

Description du savoir-faire

  • L'origine de l’éventail remonte à l’Antiquité, sous la forme d’éventails écran, qui ne pouvaient pas être repliés. Très répandu en Asie, l’éventail plié est inventé au Japon au VIIe siècle, puis en Chine apparaît l’éventail brisé. 
    L’éventail plié arrive en Europe au XVIe siècle à travers les voyages des marchands portugais ; il connaît notamment un grand succès en Italie et Catherine de Médicis le diffuse à la Cour de France. La fabrication des éventails est alors répartie entre plusieurs corps de métiers : parfumeurs, tabletiers,… Puis dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, sous l’instigation de Colbert, naît une corporation des éventaillistes. Leur niveau de technicité sera prééminent par rapport à celui des fabricants anglais, italiens ou hollandais.

    Le XVIIIe siècle marque l’âge d’or de l’éventail, avec l’invention du moule à plisser en 1770. Les éventails peints reproduisent des tableaux célèbres, avec des scènes historiques, mythologiques, galantes ou de la vie quotidienne. Après une période de faible activité après la Révolution française, et le goût du Premier Empire pour des éventails plus petits, décorés majoritairement de paillettes, l’éventail peint connaît un renouveau au milieu du XIXe siècle. Plusieurs grands noms de la peinture s’y essayeront comme Degas, Pissaro ou Gauguin. En parallèle, de grandes Maisons voient le jour. Puis avec sa démocratisation et la révolution industrielle, une partie de la fabrication s’industrialise, l’éventail devenant aussi support publicitaire pour les théâtres, cabarets ou restaurants. Au début du XXe siècle, la mode des éventails commence à décliner, à quelques exceptions près comme les éventails de Georges Bastard.

    Sources : 

    Fiche d’inventaire du patrimoine culturel immatériel, Le savoir-faire des éventaillistes, https://www.pci-lab.fr/fiche-d-inventaire/fiche/397-le-savoir-faire-des-eventaillistes 
    Histoire de l’éventail, Les Amis du Musée de l’Eventail, https://www.amis-musee-eventails.com/histoire-de-leventail/ 
    Exposition « L’air du temps – Une histoire d’éventails 17e-21e siècles », 16 juin-20 novembre 2022, Musée d’Aquitaine https://www.musee-aquitaine-bordeaux.fr/sites/bor-musaq-drupal/files/2025-05/Expo%20L%27air%20du%20temps.pdf 

  • A l’origine utilitaire, l’éventail a rapidement été considéré, et ce depuis des siècles, comme un accessoire porteur de symboles : d’abord associé au sacré, il fut aussi marque de pouvoir et de puissance dans la main des hommes, puis évocateur du luxe, du raffinement, de l’élégance et du charme dans la main des femmes. 

    Ainsi, d’objet purement fonctionnel, l’éventail est devenu objet non seulement de parure mais aussi d’art, inspirant les artisans participant à sa réalisation et surtout l’éventailliste. Celui-ci conçoit le modèle, a en charge la coordination du travail des différents professionnels intervenant dans la fabrication et procède au plissage et au montage de la feuille ainsi qu’à l’assemblage des pièces composant l’éventail. Dans les faits, il réalise souvent l’éventail en totalité ou presque, maîtrisant pour cela des savoir-faire issus d’activités variées telles que la tabletterie, la gravure, la peinture, la broderie, la dentelle…

  • Les matériaux employés pour la monture sont multiples et peuvent être précieux et traditionnels (nacre, ivoire, écaille, corne, bois exotiques ou indigènes, or, argent…) ou plus modernes (résine, celluloïd, plexi, aluminium nickelé, plaqué ou émaillé…).

    La feuille correspond à la partie supérieure de l’éventail. Elle peut être réalisée dans des matériaux très variés : papier, tissu, dentelle…

  • Les éléments principaux d’un éventail sont la monture et la feuille.
    La monture comporte les brins (baguettes rigides servant de support à la feuille) et les panaches ou maître-brins (les deux parties extérieures, généralement plus épaisses que les brins, servant de décor visible et de protection à la feuille quand l’éventail est fermé). Le nombre de brins composant la monture et la largeur des plis de la feuille déterminent le développement de l’éventail (180°, 120°…). Les panaches et les brins sont réunis au niveau de la tête de l’éventail, c’est-à-dire en sa base, au moyen de la rivure (attache constituée d’un rivet à vis, serti ou griffé d’un strass, ou d’un axe en métal martelé retenant deux rondelles appelées les yeux, l’ensemble permettant le déploiement de l’éventail).

    La fabrication des montures relève de l’art de la tabletterie et nécessite la mise en œuvre de multiples techniques. Les brins et surtout les panaches peuvent présenter nombre d’ornementations faisant appel à la gravure, à la ciselure, à la sculpture, à la dorure… De nos jours, rares sont les éventaillistes qui fabriquent eux-mêmes leurs montures. La plupart du temps, ils adaptent des montures tirées de stocks anciens ou utilisent des montures récentes importées d’Espagne.

    Quelques éléments sont parfois ajoutés en finition comme un demi-anneau maintenu par la rivure (appelé bélière) qui permet de passer l’éventail à un doigt ou d’y attacher une dragonne (ruban ou cordonnet passé au poignet) éventuellement terminée par un gland ou une passementerie décorative.

    Les principaux types d’éventails se regroupent en trois catégories : les écrans, les pliés et les brisés.

    L’écran est un éventail aux formes, aux montages et aux assemblages de matériaux très variés et dont la feuille est montée sur un manche fixe. Il peut être à rotation (certains éventails de type « drapeau ») ou rigide (éventail écran ou masque) avec une feuille réalisée par exemple en papier, en carton, en vannerie, en plumes, en soie appliquée ou tendue. Il peut aussi être plissé en cocarde et dans ce cas généralement repliable de forme circulaire (écran soleil).

    L’éventail plié est constitué d’une monture et d’une feuille présentant un nombre de plis équivalent au nombre de brins de la monture. Cette feuille peut-être réalisée en papier ou en tissu (principalement le coton et la soie : crêpe, organza, tulle, étamine…), imprimée (lithographie, sérigraphie) ou peinte à la main (gouache, détrempe…).

    Quel que soit le matériau utilisé (tissu, papier…) et le type d’ornement choisi (peinture, paillettes, broderie, dentelle…), la feuille est d’abord travaillée à plat, selon un patron en demi-cercle. Puis, l’éventailliste procède au plissage de la feuille. Cette opération s’effectue à l’aide d’un moule à plisser. Celui-ci, inventé en 1770 et perfectionné en 1847, est constitué de deux feuilles de carton (en carte de Lyon) pliées en accordéon et graduées en pouces et nombre de brins. On y insère la feuille de l’éventail découpée selon son gabarit. Les feuilles en tissu sont préalablement apprêtées pour marquer les plis et les tenir cassés. Les dimensions de la feuille devant être parfaitement adaptées à la monture et au nombre de brins que celle-ci comporte, il a été mis au point une échelle de quatre-vingt-dix moules de tailles différentes et numérotés de 60 à 150. Une fois le plissage terminé, l’éventailliste finit le décor de la feuille, en y cousant par exemple des paillettes ou en peignant des éléments décoratifs le long de la bordure. Puis, après avoir découpé la feuille aux dimensions exactes déterminées par la monture, il procède au montage de l’éventail : la feuille est alors collée sur les parties supérieures des brins, appelées les bouts ou les flèches. Chacun des brins doit se situer au centre d’un pli en laissant libre le contre-pli suivant, afin que l’éventail puisse être déployé et refermé. La partie inférieure des brins, non recouverte par la feuille et qui demeure ainsi visible est désignée par le terme de gorge. Enfin, les panaches sont collés et, sur la bordure haute de la feuille, l’éventailliste peut si nécessaire coudre un picot de dentelle ou bien coller à cheval sur les deux faces un biais de soie ou de coton ou encore un sinet de papier doré.

    L’éventail brisé est formé uniquement de deux panaches enserrant des brins plus ou moins décorés et reliés entre eux par un ruban. Ce type d’éventails met en valeur le travail de tabletterie et notamment les éventails ajourés dont les brins finement repercés évoquent l’aspect d’une dentelle.

Environnement économique

    L’éventail est tombé en désuétude après la Première guerre mondiale, la mode à la garçonne ne favorisant pas son utilisation. Aujourd’hui, la presse annonce régulièrement son grand retour. Pourtant, on ne recense en France que 5 éventaillistes.
    À ces derniers s’ajoutent quelques artistes ou artisans d’art qui créent exceptionnellement des modèles permettant de mettre en œuvre leur propre savoir-faire : dorure à la feuille, bijouterie, peinture sur soie, dentelle…

    Les professionnels de l’éventail travaillent pour une clientèle de particuliers qui recherche un éventail de qualité à l’esthétique recherchée plutôt qu’un éventail de production industrielle importé d’Espagne ou de Chine. Ce sont des amateurs voulant allier utilité et esthétique mais aussi des collectionneurs cherchant à compléter leur collection avec des éventails contemporains. Les éventaillistes répondent également à des commandes émanant du monde du spectacle (films en costumes, pièces de théâtre…).
    La haute couture ne représente plus qu’une petite part de la production de ces artisans de l’éventail. Pour les défilés, les maisons de couture font fabriquer des éventails dans leurs ateliers ou réutilisent d’anciens modèles. L’éventail est rarement utilisé pour parfaire une silhouette.
    Parallèlement à l’activité de création d'éventails, les professionnels ont régulièrement en charge la restauration d'éventails anciens.

Formation

    Il n’existe aucune formation dédiée au métier d’éventailliste. La transmission du savoir-faire s’effectue par les éventaillistes eux-mêmes dans leurs ateliers. Toutefois, il peut être opportun de suivre une formation à la création d’accessoires de mode.

    Formation initiale

    Niveau 4
    - Bac pro Métiers de la couture et de la confection.
    Niveau 6
    - DSAA mode et environnement, 2 ans.
    - Diplôme de l’ENSAD option vêtement (École nationale supérieure des arts décoratifs - Paris), 3 à 5 ans.

    Formation professionnelle continue

    Certains diplômes peuvent être préparés dans le cadre de la formation professionnelle continue. Des formations non diplômantes permettent de suivre une initiation, une formation complète ou un perfectionnement dans le domaine de la création d’accessoires de mode.