Gardons l'Oeil N°3 - Mars 2026
- Enquête
Contenu réservé aux adhérents de l'Institut pour les Savoir-Faire Français
Horlogerie française : en marche vers la réindustrialisation
Jeudi 19 février 2026 se tenait à l’Ecole des Mines de Paris un séminaire intitulé « L’horlogerie française : genèse d’une réindustrialisation ».
L’occasion pour Sandrine Marcot, présidente déléguée de l'Union de la Bijouterie Horlogerie et ex-directrice déléguée de France Horlogerie, et Tony da Motta Cerveira, consultant, de retracer le parcours de reconstruction d’une filière horlogère nationale.
Une prise de conscience
Tout commence par un constat alarmant : en 2021, 98% des montres vendues en France ne sont pas françaises. En effet, l’essentiel des composants arrivent d’Asie. Le leitmotiv est clair : « stopper les importations ».
Une histoire oubliée… et réactivée
Loin des idées reçues, la France fut, dès 1292, l’un des berceaux européens de l’horlogerie. Besançon, longtemps capitale du secteur, n’a pas dit son dernier mot. Cette mémoire industrielle, qui a traversé réformes religieuses, migrations d’artisans et essor suisse, sert aujourd’hui de fondation culturelle à la relance engagée.
Une méthode d’innovation qui bouscule les lignes
Au cœur de la démarche : une méthode qui a permis au collectif d’imaginer des solutions nouvelles même si elles semblent abstraites, floues ou irréalistes au départ. L’idée étant bien de repousser les limites de l’imaginable, tout en structurant une stratégie “step by step” pour rassurer les industriels.
Un travail patient, méthodique, qui questionne tout : les usages, les technologies, la valeur perçue des marques. La tâche est ardue tant l’isolement des entreprises, la culture du secret et un certain défaitisme sont prégnants.
Expérimentation, financement, structuration : les principaux facteurs de réussite
· Des rencontres de terrain,
· La mobilisation des organisations professionnelles : Francéclat,
· L’accompagnement des pouvoirs publics : France 2030 (AMI « Pôles territoriaux d’Industries Culturelles et Créatives »), collectivités territoriales…,
· La sensibilisation de l’écosystème : musée, écoles, organismes de recherche,
· La mise en place de grappes d’entreprises sur des thèmes ciblés : boitiers, cadrans, mouvements…,
· L’intégration de jeunes pousses et start-ups engagées sur le « Made in France »,
· L’explorations de gisements de valeur hors filière horlogère : adaptation de technologies issues de l’aéronautique ou de l’automobile,
· La création d’un ECI, Espace Collaboratif d'Innovation, implanté entre Besançon et Morteau,
· Une gouvernance collective avec la constitution d’une SCIC, Société Coopérative d'Intérêt Collectif, composée de 4 collèges : industriels-marques-métiers d’Arts, institutionnels, distribution, employés.
Prochaines étapes
Le déploiement se poursuit aujourd’hui avec la distribution, partie aval de la filière. Reste à trouver une locomotive à même de tirer tout l’écosystème…
La réussite dépendra aussi du financement : les 2 millions d’euros nécessaires ne sont pas encore réunis, et le retrait progressif de France 2030 oblige la filière à inventer ses propres leviers.
Un tournant stratégique pour les savoir‑faire français
Ce séminaire le confirme : la reconquête horlogère n’est pas seulement industrielle. Elle est culturelle, stratégique, collective. Elle demande autant d’innovation que de patience, autant de vision que d’audace. Les adhérents de l’Institut pour les savoir‑faire français y trouveront un exemple fondateur : celui d’une filière qui se relève, se réorganise et s’invente un avenir.
C’est quoi l’ECI (espace collaboratif d'innovation), concrètement ?
- des services en libre accès pour les abonnés avec un référent, un club business, l’animation et le suivi de projets collectifs et innovants (y compris R&D), la mise en commun de ressources,
- des prestations à la carte payantes : plateforme de conception et de prototypage, bureau d’expert technique et business…,
- des lieux d’échange et de rayonnement : espaces de coworking et d’expositions, manifestations culturelles….